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© S. Lafourcade


Les Forains
La nouvelle comédie de Stephan Wojtowicz – Molière de l’auteur en 2006 pour sa pièce “La Sainte-Catherine”– est à l’affiche du Théâtre 13.
La pièce
L'action se passe au-dessus d'une voie ferrée. Trois forains en bordure de vie se sont posés là. Le manège de Nono rouille dans son camion, les nougats et réglisses de Jackie moisissent dans la confiserie. Eddie compte les wagons qui passent. Cette nuit-là, un train s'arrête. Hélène et Olivier imprudemment en descendent.
Stephan Wojtowicz

Quelle est votre source d'inspiration ?
Il y a deux sources. La première se trouve dans l'enfance. C'est la base. Je suis parti d'images anciennes qui m'ont marqué. Ici, l'image des forains qui s'installaient dans les villages. Pas ceux qui avaient de grosses structures, non, les petits manèges, du matériel souvent limite. Ils étaient forains l'été et ferrailleurs l'hiver. Ces gens qui, lorsqu'on était môme, nous attiraient. On se proposait souvent de les aider pour quelques jetons gratuits. Mais aussi, ils nous foutaient la trouille. On ne s'approchait pas des caravanes. Il y avait souvent des chiens peu avenants. C'était aussi des gens qui ne se parlaient pas mais se gueulaient dessus. J'avais envie de raconter cela, des gens en marge de la marge, au fond du fond et de les mettre en relation avec des gens dit "normaux", toi, moi, nous... Ceux qui veulent dire aux autres ce qu'est le bonheur, mais cela ne peut pas marcher car le bonheur n'est pas formaté. La seconde source c'est le désir de faire rire, mais avec en toile de fond un sujet grave.

En quoi consiste l'histoire ?
C'est celle de trois forains, deux mecs, une femme. Des gens pas comme les autres. En tant qu'artistes, on a tous été amenés à se sentir aussi des forains, à cause du regard des autres. Ce qui m'intéresse dans l'histoire, c'est cette rencontre entre trois êtres considérés comme "anormaux" et deux "normaux". Évidemment, les normaux ne le sont pas tant que cela. L'un et l'autre sont descendus du train pour vivre l'aventure. Elle, elle adore au début, puis de moins en moins. C'est une pièce politiquement incorrecte. Le titre peut amener sur une fausse piste, genre la fête avec ses flonflons, mais ce n'est pas tout à fait cette situation attendue...



Panchika Velez

Comment avez-vous abordé cette pièce ?
C'est un véritable travail d'équipe. L'atmosphère était très importante. Avec Claude Plet, qui a conçu la scénographie, nous avons énormément travaillé sur l'espace. C'est un point fondamental. Il y a le contrebas, la caravane, la table... Et puis cela se passe le soir, et en nuit noire, ce qui fut un casse-tête pour le créateur lumière, Philippe Lacombe. Il y aussi l'importance des sons de Michel Winogradoff, bruits de nuit, le chien, les trains. Mais ce n'est pas uniquement réaliste, il fallait donner la part onirique, laisser décoller l'espace. J'aime travailler vers le plus épuré, et en même temps, dans cette pièce, ça mange, ça boit, c'est très organique. Ce sont des gens qui vivent dehors mais qui sont aussi parqués, comme enfermés dans un espace ouvert. Leur roulotte est à l'arrêt. On a travaillé sur l'idée du hangar, avec des tôles, et d'un sol couvert de terre, ce qui donne l'idée du dedans-dehors. Et puis, il fallait tenir ce fil que l'écriture de Stephan induit entre le tragique et le comique, le noir et le lumineux. Comme chez Scola, par exemple dans Affreux, sales et méchants, il y a quelque chose d'énorme, de grotesque, mais aussi de très humain. Dans Les Forains, on peut s'identifier aux uns comme aux autres, car ils portent tous leur part de fragilité.

Comment faire entendre ce texte ?
C'est une écriture qui semble quotidienne, mais en réalité très écrite, avec un tempo allègre et des temps d'arrêt, des fausses répétitions. J'ai d'abord travaillé avec les comédiens à la table pour attraper les situations, les rythmiques. C'est la mise en éponge, on s'imprègne. J'ai énormément balisé le mouvement, ensuite, en préparation. C'est une pièce écrite par un acteur, ce qui implique des situations construites et que cela se joue tout de suite, car c'est organique. La distribution est très juste, avec des comédiens très créatifs. Il fallait tenir le cap entre la vérité des personnages et, ce qui n'est pas facile pour un comédien, leur non-écoute les uns des autres.
Car c'est une fable sur l'incommunicabilité totale. Et ça, ce n'était pas évident.



Les acteurs

Panchika Velez : C'est une pièce chorale. J'adore ces acteurs...

Stephan Wojtowicz : Alors là, permets-moi de te dire, c'est bateau comme phrase... Non, ce qui est bien, c'est que les acteurs qui jouent Les Forains connaissent ces personnages. Ils les ont rencontrés. Dès le début, ils savaient où ils mettaient les pieds. Lorsque je les ai vus jouer la première fois, j'ai pensé à l'émission TV, Strip-Tease, tellement c'était authentique. Ma plus grande peur était que les spectateurs restent à la porte, or dès la deuxième réplique, Nathalie Cerdà et Maxime Leroux les embarquent. Il faut de sacrés acteurs pour amener le public à les suivre.

Pardon Stephan, mais là, vous dites comme Panchika, vous adorez ces acteurs.

Stephan Wojtowicz : Ben oui...

Alors parlez-nous d'eux ?

Nathalie Cerdà, le rôle de Jackie : Une grande force. C'est une tigresse. Précision de Stéphane : Lors de la première lecture, je l'ai entendue et, dès cet instant, je me suis dit : j'ai écrit ça pour elle.

Maxime Leroux, Eddie : C'est un forain, un artiste et un artisan, cela se voit dans son jeu, mais aussi dans ses mises en scène et dans son travail pédagogique.
Précision de Stephan : Maxime, c'est un chaton dans une peau d'ours.

Matthieu Rozé : un lutin sympathique, plein de grâce, du coup il surprend parce que rien en lui n'annonce son personnage dans la pièce qui est un débiteur de lieux communs, si sûr de lui.

Didier Brice : il était le formidable soldat Plumet dans La Sainte-Catherine. L'acteur le plus wojtowiczien de Paris, dixit José Paul. Il est tellement vrai, touchant. C'est absolument impressionnant l'impact émotionnel qu'il déclenche sur le public.

Aliénor Marcadé-Séchan : la plus jeune ! Elle est originale dans ce qu'elle est. Précision de Stephan : Je n'en connais pas deux qui ont cette intelligence pour jouer la connerie.
Dossier par Marie-Céline Nivière
Paru le 10/09/2007

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