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D.R.


Le Point de vue de Jean-Philippe Viaud
“Il faut une âme”
Les plus matinaux d'entre nous reconnaîtront sans peine
le guide de leurs soirées. Depuis bientôt vingt ans, il fait entrer le théâtre dans nos écrans de télé, et quand se lève le soleil, évoque les plus beaux levers de rideaux. Réalisateur de pièces, journaliste à "Télématin", Jean-Philippe Viaud exerce son métier tel un artisan. Et en parle comme d'une passion.
Peut-on vous taxer d'être critique de théâtre ?
Je n'aime pas trop ce mot. Les gens ont de nos jours suffisamment d'intelligence et de ressenti pour aimer et ne pas aimer sans pour autant que l'on vienne leur prendre la main en vue de leur dire ce qui est bien ou non. Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Je suis diamétralement opposé à ce genre de choses. Le théâtre a été, pendant longtemps, réservé à une élite de pseudo-intellos cultureux ; je me bats depuis des années pour rendre son accès plus simple. Je me suis donc juré de ne jamais faire de critiques. Un billet d'humeur, oui - car l'humeur c'est fondamental -, retranscrire en quelques mots une ambiance, une atmosphère, en donnant au public un maximum d'éléments pour qu'il puisse faire sa propre critique.

Vous conviendrez que l'on tombe parfois sur de cuisants échecs...
L'échec de l'un n'est pas forcément celui de l'autre ! Il y a des choses que j'aime, d'autres que je n'aime pas, mais ce n'est pas à moi de dire si je les aime ou non. Dans mon billet d'humeur, je peux simplement dire que ce n'est pas à refaire... Je vois près de trois pièces par semaine depuis vingt ans, je n'ai aucune saturation, j'ai une distance énorme. Et, dans ce que j'aime le moins, je suis obligé de respecter les individus qui aiment. En télévision, je reste donc neutre. Les gens pourront lire entre les lignes... Je laisse ouvert le libre arbitre de chaque individu.

Quelle ambition, une émission comme la vôtre s'assigne-t-elle ?
Mon seul but, dans cette chronique qui en est à sa 850e - et je les ai toutes réalisées moi-même ! -, c'est de donner envie aux gens d'aller au théâtre en m'adressant au plus grand nombre possible. Je travaille sur France 2, qui est une chaîne généraliste, en choisissant des spectacles qui ont une dimension nationale. Je ne fais aucune différence entre le théâtre privé ou public, avec une préférence pour les spectacles qui ont le plus besoin d'aide s'ils n'ont pas une énorme machine derrière, ou des systèmes d'abonnements... C'est le rôle d'un média national de faire un travail, non pas de promotion, mais d'information culturelle. J'ai de grands principes déontologiques : on ne m'achète pas, je n'accepte ni déjeuners, ni cadeaux, je reste maître - avec William Leymergie, main dans la main - de mes choix.

Vous tenez à votre horaire matinal ?
Mon créneau, c'est toujours le matin. La chronique bouge. Depuis un an, avec l'arrivée de Patrick de Carolis, elle est dans le bloc-notes culturel de Télématin, à 8 h 25 tous les lundis et à 7 h 20 tous les mercredis. Ce sont deux publics très différents. Je n'ai jamais demandé à faire de télé, la télé est venue à moi : je viens du cinéma, mon métier de réalisateur je l'ai appris au cinéma. Ce qui est fondamental pour moi, ce n'est pas tant de parler du théâtre que de rester spectateur, de voir les pièces comme je les voyais lorsque j'avais 5 ans ! Quand Antenne 2 m'a appelé, c'était après une émission sur FR3 pour que je m'occupe de toute la programmation musicale de Matin Bonheur, aux côtés de Monique Cara...

Êtes-vous entouré d'une équipe, pour cela ?
Je travaille avec une équipe son-image-lumière, mais plus de 50 %de ces images sont tournées par moi, et montées avec les effets spéciaux, chez moi. Pendant plus de dix ans, les plateaux ont même été enregistrés dans ma chambre sur fond vert, avec des incrustations d'effets. Ces effets spéciaux sont importants car réaliser une interview banale avec trois plans de coupe, cela ne m'intéresse pas. On est parvenu à une uniformité de l'image télévisuelle remarquable avec l'arrivée du logiciel AVID, système de montage virtuel et numérique, qui fait que les individus se soumettent à la machine et ne créent plus. Or, pour moi, faire de la télé, c'est se servir d'une image, avec ce que j'appelle mes pinceaux, mon chevalet, mes peintures, je compose le cadre de ma chronique. Je prépare un story-board comme pour un film. C'est un côté artisan bricolo que j'adore. Je ne veux voir le théâtre qu'à travers le spectateur assis dans une salle, je tourne toujours en représentation avec le public et jamais en répétition.

Vous exercez donc une technique très pointue.
Je cherche avant tout à donner un sens à l'image, au niveau du théâtre. Durant le tournage, j'ai mon moniteur devant moi, et j'annonce au cadreur tous les plans en détail. Tout doit être coulé pour ne pas être distrait par autre chose. J'essaie de traiter ces images comme au cinéma. Quand on peint une toile, on prépare d'abord une couche de fond, puis l'on place les éléments dans le décor. Je tente de composer mes images, comme une toile. Si on m'enlève mes pinceaux et mon chevalet, cela ne m'intéresse pas. Il faut une âme.

Quels sont vos rapports avec les artistes ?
Ce ne sont pas des rapports d'intervieweur à interviewé. Comme on se connaît depuis longtemps, ce sont des rapports de cœur. J'aime le théâtre, j'aime les artistes, toutefois lorsque je fais une chronique, je ne parle pas des comédiens mais de l'œuvre, c'est d'abord un texte, une mise en scène, avec des individus. Il y a une confiance totale sur l'image. Je n'hésite pas à les emmener dans la rue, mais tous acceptent car ils connaissent ma chronique. J'aime les artistes, je n'aime pas les people


Une carrière en 10 dates

Petit séminaire de Nantes : il y apprend le théâtre et la musique.
1974 : entrée au Conservatoire d'art dramatique à Nantes.
1977 : Conservatoire de cinéma de Paris.
1978 : auteur-compositeur de chansons.
1980 : chargé des spectacles du Club Méditerranée.
1982 : directeur d'antenne de radio libre.
1987 : "40º à l'ombre" sur FR3.
1988 : "Matin Bonheur" sur Antenne 2.
1990 : "Télématin".
1991 : Premières chroniques de spectacles. Et ça dure encore !
Portrait par François Varlin
Paru le 23/08/2007

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