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Daniel Sachs


Un fil à la patte
revient au Théâtre de Paris
Alain Sachs a réuni une distribution éblouissante pour remonter cet excellent "Fil à la patte" qui avait emballé le public il y a huit ans. Les nouveaux venus dans l'équipe ont rejoint Lysiane Meis et José Paul, qui se sont replongés dans leur texte, afin d'en faire jaillir les incroyables répliques du maître du vaudeville. Pour notre plus grand plaisir.
José Paul
Vous jouez et mettez en scène beaucoup de pièces contemporaines. Est-il difficile de revenir à Feydeau ?
Cette pièce, c'est le thème du mariage d'argent, toujours actuel, autour d'une aristocratie qui est en train de crever. Une pièce où il n'y a pas beaucoup d'amour mais beaucoup d'intérêts. Ce n'est pas un vaudeville amoureux. À part La Locandiera de Goldoni, dernièrement je n'ai joué ou monté que des pièces contemporaines. Comme metteur en scène, je ne suis pas sûr que j'aurais eu envie de monter un Feydeau. Mais, pour l'avoir joué il y a huit ans, je sais que c'est un grand auteur, et cette jubilation-là est plus forte que tout. De plus, Alain Sachs a poussé cette nouvelle mouture vers encore plus de modernité.

Pourtant c'est un jeu, un texte qui peut paraître désuet...
Lorsque Feydeau est véritablement digéré par l'acteur, et que celui-ci ne se met pas à jouer Feydeau, mais arrive réellement à être un personnage de Feydeau, il y a une vraie modernité. La mécanique est forte. Pour avoir joué tant de rôles contemporains, je sens une filiation entre eux, avec une théâtralité différente. Jouer le Fil à la patte, c'est faire un 110 mètres haies. Cette force que l'auteur nous donne est, pour l'acteur, très jubilatoire. Il faut des acteurs ayant un sens inné de la comédie, quelque chose qu'ils aient en eux. On ne doit plus avoir la sensation d'entendre un texte classique.

Faut-il alors, transposer, décaler ce type de théâtre pour le renouveler ?
Si l'on essaye de détourner Feydeau, ce n'est pas la peine : on se plante. Il est le seul auteur qui écrit autant de didascalies que de dialogues. C'est l'adéquation des deux qui fait que cela fonctionne. On l'a testé, il y a des règles. On a dit qu'il était un mathématicien fascinant, un horloger. Si quelque chose ne fonctionne pas, Alain Sachs revient toujours au texte. On le joue avec la modernité de maintenant, la jeunesse de l'équipe, mais on retourne toujours aux bases et aux fondamentaux. Les didascalies sont essentielles. Les grands Feydeau qui ont fonctionné, c'est en raison d'une distribution ad hoc. Les acteurs n'avaient pas besoin de forcer leur nature.

Quels sont vos projets pour la rentrée de septembre ?
À la rentrée, je monte la nouvelle pièce de Marc Fayet, L'Un dans l'autre au Théâtre de Paris, et au Comédia, je joue la pièce avec Cristiana Reali que met en scène John Malkovich, Good Canary. Puis il y aura la tournée de Chocolat Piment en janvier. Je travaille avec Agnès Boury comme co-metteur en scène, c'est un dédoublement, elle suivra cette tournée. J'aime que les acteurs, à un moment, prennent le pouvoir, que le cordon soit coupé, On leur donne tout durant deux mois, et après cela ne nous appartient plus : c'est la règle !


Lysiane Meis

C'est lors de la première version de ce "Fil à la patte" qu'Alain Sachs réunit sur la scène Lysiane Meis et José Paul. Une rencontre artistique, et le début d'une aventure de théâtre qui dure : "L'amour est enfant de salaud", "Jacques a dit", et dernièrement "Chocolat Piment" ont été de grands succès.

Lysiane Meis a le sentiment d'appartenir à la grande famille du théâtre, et reconnaît volontiers que les rencontres de Stéphane Hillel, Alain Sachs, Stephan Meldegg, Marc Fayet et José Paul, ont été des bénédictions dans sa carrière. Une famille ? Des familles. Désolée quand, parfois, cela vire au clan, elle aime aussi le théâtre subventionné, et se dit prête à jouer sous la direction de Didier Bezace ou Philippe Adrien. À bon entendeur... "Les acteurs ont envie d'aller partout, d'aborder des méthodes de travail différentes, des textes plus hardis..." Les méthodes de travail, parlons-en justement. Elle vient de travailler sous la direction de José Paul pour Chocolat Piment, et se retrouve à ses côtés dans ce Feydeau. "Quand il est metteur en scène, José porte le projet sur ses épaules, il est donc plus grave, exigeant, vous pousse au bout de vos limites. C'est pourquoi on adore travailler avec lui. Acteur, il est exigeant avec lui-même, plus léger car il est dans le plaisir. Il a une vraie liberté."

L'un des auteurs les plus difficiles à jouer

Elle retrouve avec joie, après plusieurs pièces contemporaines, une grande œuvre classique, une immense salle, au cœur d'une distribution de onze rôles et dans un décor brillant : "Je reviens à mes premières amours car j'ai commencé par les grands classiques. Mais le 'Fil' c'est un gros bordel très bien orchestré." Car Feydeau, c'est la musique du texte, une cadence au-delà de la construction des personnages et une grande précision. Lysiane en convient, il est l'auteur qu'elle considère le plus difficile de jouer avec Marivaux. "Il faut se les mettre en bouche, ils ont une vraie théâtralité. On ressent tout de suite si l'on est dedans ou pas, si c'est le bon rythme, la largesse, la sincérité." Et puis, il y a le bonheur de jouer dans costumes d'époque.

Fragilité des acteurs

Jouer Feydeau, elle s'y connaît. Durant deux ans, elle a donné la réplique au tandem Chevallier et Laspalès dans Monsieur Chasse ! La ravissante comédienne qu'elle est n'est pourtant pas vouée qu'aux rôles de petites femmes du théâtre de Boulevard : elle tourne pour la télévision, tient sa place dans une quotidienne radiophonique sur France Bleu, se dit boulimique de travail. Mettre en scène ? Pourquoi pas : "J'aime la fragilité des acteurs et j'aimerais en diriger." Finalement, sa seule souffrance avouée serait de ne pas exercer son métier de comédienne ou ne pas le faire comme elle le voudrait. Au regard de sa carrière, il n'y a pas trop à se tourmenter.
Dossier par François Varlin
Paru le 18/07/2007

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