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D.R.


Hors Forfait
Quatre trentenaires accrochés à leurs téléphones portables comme à des bouées de sauvetage et dont les sonneries incessantes peinent à masquer un désarroi affectif profond ! À grands renforts de situations désopilantes et grinçantes, "Hors Forfait" brosse le portrait d'une génération "high-tech" ayant perdu de vue la valeur et le sens de l'existence. Rencontre avec Noémie de Lattre et Delphine Lacouque, les auteurs et interprètes (aux côtés de Malcolm Conrath et Aude Roman) de cette farce réaliste, mise en scène par Marc Goldberg.
Noémie de Lattre est Joe

Elle fut de la saga des Pénélope et de Si c'était à refaire de Laurent Ruquier. Non contente d'être une comédienne pétulante et talentueuse, Noémie est également auteur, depuis sa rencontre il y a quinze ans avec Delphine Lacouque, sa compagne de route et d'écriture. Avec Hors Forfait, le tandem s'attaque à la fatuité de la "génération portable" : "On peut être entouré, communiquer en permanence avec le monde entier et malgré tout, ne rien se dire, ne rien échanger, ne rien comprendre à soi et aux autres, et mourir en ayant surfé sur la vie. Le seul moyen pour ces personnages de ne pas s'apercevoir de leur degré de solitude et de souffrance est de rester accrochés à leurs portables dans une frénésie et une hystérie permanentes !" Dans cette histoire d'aliénés du nouveau millénaire, Noémie incarne Joe, une chômeuse désœuvrée et survoltée, peinant à se remettre de sa rupture d'avec Antoine, éditeur sous pression, désespéré par la disparition subite de Nathalie, sa nouvelle compagne, enceinte et au bord de la crise de nerfs. "J'aimerais que cette pièce ait l'effet d'un miroir sur les spectateurs et qu'elle leur donne envie de réagir ! Aujourd'hui, l'engagement n'existe plus, qu'il soit politique, philosophique ou sentimental. On se contente d'une vie merdique et du minimum dans lequel nos dirigeants nous entretiennent. Et de fait, tout le monde se fout de tout. Le message passe tellement bien que les spectateurs adorent ou détestent cette mise en avant de la superficialité et de la déshumanisation de notre génération !"

Delphine Lacouque est Hélène

Récemment à l'affiche d'Un caprice de Bonaparte de Stefan Zweig, ou encore du conte pour enfants Babayaga, Delphine Lacouque révèle une fois de plus, avec Hors Forfait, un tempérament comique particulièrement efficace. Elle endosse ici le rôle d'Hélène : "C'est une pauvre fille et j'adore jouer les pauvres filles ! Elle a toujours l'air enjouée, partante pour s'amuser, mais elle est en réalité très triste, très seule, a peur du sexe, des hommes et ne vit rien, sinon virtuellement. Avec tous les moyens de communication à notre disposition, on peut vivre sans rien vivre, avoir des amis sur Internet, mais aucun ne sera là quand ça ira mal ! Hélène vit dans ce fantasme. Elle se console avec des grandes phrases toutes faites, tirées de manuel de vulgarisation bouddhiste ou de magazines féminins. Mais c'est une coquille creuse. Au départ, nous n'avions pas l'intention d'écrire une pièce sur le téléphone portable mais de réaliser des portraits de trentenaires quand nous nous sommes aperçues que la caractéristique fondamentale de cette génération était vraiment l'incommunicabilité. Il faut vraiment se soigner ! Si les spectateurs se retrouvant dans ses personnages se décident à jeter leurs portables, ce sera déjà un premier pas vers la guérison !"


1 question à Marc Goldberg

En quoi Hors Forfait a-t-il suscité votre intérêt de metteur en scène ?
Les textes s'emparant de problèmes de société sur le mode de la comédie - Molière étant le modèle en la matière - sont aujourd'hui très rares. Sous ses allures de farce, ce texte délivre un message plus profond qu'on pourrait le croire. Il offre même une vision très noire de la société sans pour autant mettre le public en détresse. Le téléphone portable a contaminé l'ensemble de la vie affective de ces personnages. Cet outil est une espèce de bulle qu'ils transportent avec eux, qui crée une forme d'intimité sauvage et qui leur permet d'échanger des propos tout en faisant autre chose. Lorsqu'ils sont enfin ensemble, ils sont incapables de se parler, terrorisés à l'idée d'un échange profond car ils sont au bord de l'implosion. Nous vivons dans une société de fous furieux et ce type de théâtre exerce sa fonction cathartique. Cette pièce traite aussi de cette fuite en avant qui va de pair avec cette société où tout va de plus en plus vite et qui engendre une irresponsabilité générale. Il m'a semblé intéressant d'utiliser des cartons comme éléments de décor car cette génération n'arrive à s'ancrer nulle part, déménage sans cesse. Ils permettent de créer des murs et d'enfermer ces personnages dans leur délire, délire qui les empêche d'accéder à un degré de conscience supérieur, comme le bourgeois gentilhomme, qui n'a pas conscience de l'énormité de ce qu'il vit.
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 27/07/2007

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