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Bruno Perroud


Christophe Luthringer
De l’humour à la métaphysique
Christophe Luthringer met en scène "Je t'avais dit, tu m'avais dit !", au théâtre Le Lucernaire. Une escapade ludique et colorée sur les terres littéraires de Jean Tardieu ; un hommage au langage et à l'existence, à travers l'histoire de trois couples faisant éclater sur scène "leurs difficultés
à aimer, à vivre, à mourir...".
Qu'est-ce qui, dans l'œuvre de Jean Tardieu, vous touche au point d'avoir souhaité traverser plusieurs de ses textes par le biais d'un montage théâtral ?
Je crois que c'est essentiellement son humour, un humour qui résonne comme une politesse du désespoir. L'œuvre de Jean Tardieu aborde de façon très subtile et humoristique tous nos conditionnements d'êtres humains. Elle s'amuse à déstructurer nos codes sociaux, mais aussi grammaticaux, à travers ce qui m'apparaît comme un feu d'artifice vivant et coloré. Pourtant, le comique des mots, l'aspect ludique des personnages et des situations qu'ils investissent répondent également à une grande angoisse du vide.

À quelle sorte de vide cette angoisse correspond-elle ?
D'abord à un vide relationnel. À l'idée de vide qui surgit lorsque l'on se retrouve face à quelqu'un à qui l'on n'a rien à dire, par exemple. À cette gêne de ne pas remplir l'espace qui naît à ce moment-là... Et si ce vide relationnel inquiète, met mal à l'aise, c'est sans doute parce qu'il renvoie à la peur d'un autre vide, le vide ultime de la disparition.

"Je t'avais dit, tu m'avais dit" ! dessine donc, en creux et en pleins, des mises en perspective humoristiques mais aussi des enjeux métaphysiques...
Tout à fait. Ces deux aspects de l'écriture de Jean Tardieu sont intimement liés. Le montage de textes que les comédiens et moi-même avons élaboré collectivement, à partir de nos envies respectives, forme un spectacle que j'ai voulu très organique, contrasté, expressif, un spectacle qui éclaire le sens de la vie par le biais des mots et des phrases de Jean Tardieu. Pour cela, j'ai tenté de faire en sorte que Je t'avais dit, tu m'avais dit ! réveille l'enfant qui sommeille en chacun d'entre nous. Car ce projet est tout sauf un projet "intello". L'idée est vraiment de s'amuser, de faire passer une énergie de joie et d'étonnement qui amène les spectateurs à se poser des questions pour repartir avec.

Quelles sont, de façon plus générale, les ambitions artistiques qui nourrissent et orientent votre travail de metteur en scène ?
Avant tout, je travaille sur la présence de l'acteur, sur "l'ici" et "le maintenant", c'est-à-dire sur la manière de toucher le public de la façon la plus directe possible. Pour cela, je passe par un processus de "démentalisation", afin de retrouver ce qui est vraiment urgent dans la mémoire du corps, ce qu'il est impératif de creuser et d'exprimer. D'une certaine façon, il s'agit également d'un travail sur le vide. Car pour parvenir à toucher au plus profond de l'être vivant, il faut prendre le risque d'abandonner ses repères, il faut en quelque sorte oser sauter du haut d'une falaise.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 30/07/2007

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