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Jean Cassiès
Serge Feuillard


Partie de “Poker”
haque soir, Thérèse Liotard, Sophie Barjac et Gwénola de Luze se retrouvent pour taper le carton et miser gros. Mais ces femmes ne savent pas bluffer longtemps. Elles parlent de ce qui les entrave, les obsède, mettent tout sur le tapis et rêvent de larguer les amarres pour refaire la donne. Elles sont drôles, touchantes, désarmantes. Un brelan de reines !
L'auteur : Jean Cassiès

Des mots justes pour des gens justes

Jean Cassiès est un habitué de l'écriture pour la télévision. Il aime aussi écrire pour le théâtre. À la veille de la première de Poker, l'auteur est serein : il porte ce projet depuis cinq ans. Un voyant lui a prédit que la pièce serait mise en scène par une femme. Sonia Vollereaux est aux commandes !

Pourquoi choisir d'écrire une pièce sur ces femmes "accros" ?
J'ai eu envie de parler de la liberté. Poker est une pièce sur la libération. Trois femmes prennent conscience de leurs addictions ; l'une est victime de ses pulsions sexuelles, l'autre de son esclavage à l'esthétisme, la troisième manifeste un amour maternel compulsif. Elles veulent sortir de ce guêpier. Chacun dans sa vie prend conscience à un moment donné qu'il est prisonnier de travers, de sentiments inavoués, paralysé par des contraintes superfétatoires.

Pour vous, les attaches affectives nous entravent plus qu'elles ne nous font avancer ?
Dans un couple, il y a toujours un déséquilibre, un qui est moins aimé. C'est lui qui est en manque ; c'est une souffrance, et cette souffrance peut l'obséder plus que le manque d'amour lui-même. Je suis très sensible à l'harmonie dans un couple. Lorsqu'il existe un déséquilibre, je deviens une bête blessée, je m'enferre, je sombre. Qui n'a pas connu, pour lui ou des proches, les drames de l'amour. Et puis, il y a les accros à la drogue, à l'alcool. Dans Poker, mes personnages trouvent la force de briser leurs chaînes.

Comment font-elles pour s'en sortir ?
À la suite de cette prise de conscience de ce manque de liberté, elles se rendent compte qu'elles pourraient perdre leur âme, leur fric, et toute notion de normalité. Elles comprennent qu'elles sont sur le point de sombrer. Elles pratiquent une sorte de psychothérapie de groupe, une catharsis. Pour pouvoir traduire ce désarroi et cette prise de conscience il fallait, plus qu'ailleurs peut-être, des comédiennes vibrantes et justes pour transmettre tous les paramètres de ces situations si souvent répandues.

Quelle écriture permettait de servir un tel thème ?
L'écriture théâtrale est très difficile, là encore, le mot doit être juste. Il ne faut pas que le texte soit un plaidoyer mais une tranche de vie. Je peux écrire pour un sujet léger, comme je l'ai fait pour la télévision par exemple, mais je dois intérieurement m'inventer une motivation plus lourde. Il faut soutenir la bulle de champagne par du solide ! On peut avoir le don de la formule, mais il faut que ce soit profondément nourri, sinon la légèreté n'est qu'un mot à la Trissotin, un mot vain. Mes personnages, je l'espère, sont plus sérieux que moi et plus drôles...



La metteur en scène : Sonia Vollereaux

La passion de ce qui est juste

Depuis l'année dernière, Sonia Vollereaux a doublé sa brillante carrière de comédienne, de celle de metteur en scène. Après "Samuel dans l'île", unanimement saluée, "Poker" est la seconde pièce qu'elle monte. Une femme qui dirige le travail de trois autres femmes.

Dans que état d'esprit est-on lorsque l'on passe à la mise en scène, pour diriger ses paires ?
Je les aime, je suis dans un état amoureux ! C'est très charnel le théâtre. Je les touche, je les encourage, je les trouve belles ces trois femmes. Pire que tyrannique, je suis maternelle ! Il n'y a plus tellement de notion de sexe, d'âge. Je suis au service d'une équipe, de spectateurs, d'un texte.

Quels sont vos souvenirs des metteurs en scène qui vous ont dirigée ?
Tous m'ont marquée ! Yves Le Moign' était un étonnant professeur, Gérard Caillaud m'a fait travailler au cordeau pour ce succès des Palmes de M. Schutz. Polanski était très dur, très exigeant tant qu'il n'était pas certain d'un effet, mais dès qu'il montait sur scène, car il jouait le rôle d'Amadeus lui-même, nous étions de la même aventure, il n'y avait plus de différences. Benno Besson m'a laissé aussi un beau souvenir, il aimait tout ce qui était poétique et décalé... Plus généralement, je n'aime pas trop les explications ; "Too much talk : no action." C'est comme lorsque l'on est amoureux, on ne va pas mettre de sous-titres à ce qui est charnel, j'ai horreur de ce qui est souligné au Stabilo ! Il faut travailler et que cela ne se voit plus ; c'est comme un maquillage, une robe bien taillée : on ne les voit plus. J'aime ce qui ne se voit pas. Autrement je trouve que cela fait vulgaire.

Quels souvenirs laisserez-vous à vos comédiens ?
La poésie, la vérité sont des choses très importantes chez moi. Je suis très éclectique et j'aime ce qui est juste. Je suis quelqu'un qui prend soin des autres, comme un violoniste prend soin de son violon. L'exigence, mais aussi le soin, la délicatesse, l'humanité. J'essaie que mes comédiennes se sentent aimées. J'ai souffert de metteurs en scène qui ne prenaient pas soin des comédiens. Cela peut bloquer une sensibilité. Il faut donc avoir énormément de patience, comme on le ferait avec un enfant, donner des limites, et en même temps, permettre de s'épanouir dans ce cadre.

Ces femmes, dans la pièce, ont des caractères affirmés, vous retrouvez-vous dans leurs qualités, leurs défauts ?
Elles n'ont que des qualités. Leurs peurs sont des parachutes ; je me retrouve dans ces femmes comme dans beaucoup d'hommes. Par moments, elles font preuve d'un caractère de mecs ! Je crois que j'aime les êtres humains, leurs erreurs, leurs imperfections. Je trouve qu'il n'y a rien de plus ennuyeux que les gens lisses. Je trouve fascinantes toutes les couleurs d'un être. On peut l'entraîner où on veut si on l'aime. Il faut être adroit, lui donner parfois la sensation que cela vient de lui. J'aime ce qui est inducteur ; on appelle ça un metteur en scène....
Dossier par François Varlin
Paru le 15/05/2007

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