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D.R.


Valérie Benguigui, Florence Pernel et Charlotte Valandrey
pour “La Mémoire de l’eau”
Entre rire et larmes, les trois comédiennes interprètent trois sœurs. Non pas celles de Tchekhov, mais celle de Shelagh Stephenson, dans une adaptation de Brigitte Buc et une mise en scène de Bernard Murat. Formant sur scène un trio uni sur la scène du Petit Théâtre de Paris, il était impensable de dissocier ces trois artistes rayonnantes.
Les filles
Coup de fil du patron : "Dis-moi, cela te dirait de faire les trois filles de 'La Mémoire de l'eau', elles sont formidables." Trois ! En même temps ! Cela ne va pas être facile. Du coup, je file assister à une représentation. Bruno Perroud n'a pas exagéré. La qualité de leur interprétation donne beaucoup de relief et d'émotion à la pièce. Sur le thème de la mort, il est facile d'émouvoir mais moins de faire rire. Car La Mémoire de l'eau est avant tout une comédie de mœurs. C'est-à-dire qu'elle puise sa source dans notre réalité quotidienne. Il y a Teresa (Valérie Benguigui), l'aînée, Mary (Charlotte Valandrey) et la benjamine Cathy (Florence Pernel). Leur mère vient de mourir et elles se retrouvent dans sa chambre, lieu névralgique. Évidemment, en mettant des frangines dans la même pièce, au bout d'un laps de temps relativement court, il va y avoir chamailleries, engueulades, règlement de comptes. Mais il y aura aussi une complicité terrible avec éclats de rire obligatoires. Ces trois sœurs sont comme toutes les autres, elles s'aiment, s'agacent, se taquinent, et ne se passent surtout rien. Elles ne sont même pas raccord sur leurs souvenirs. La mémoire est sélective, trieuse et déformante.

Le rendez-vous
19 h 30 : me voilà devant le Théâtre de Paris. Arrive Valérie Benguigui. Nous décidons de faire l'interview au bar d'à côté. Valérie me demande combien de temps cela va prendre. J'estime un trois quarts d'heure, une heure. Elle blêmit : "Tant ! C'est-à-dire que je pensais être à 20 heures dans ma loge pour me préparer. Ce n'est pas un texte dans lequel on rentre comme ça. " Pas de problème, à 20 heures, l'exercice sera terminé. Florence Pernel qui était dans sa loge, nous rejoint, suivie de près par Charlotte Valandrey. Le café se remplit des spectateurs qui, dans une heure trente, viendront les applaudirent. Certains n'hésitent pas, avant, comme après l'entretien, à venir leur dire quelques mots gentils. Coca light, Perrier sur la table, cahier ouvert, il faut vite trouver l'angle d'attaque. Je dis deux trois mots sur le spectacle, les félicite pour la qualité de leur prestation. Valérie Benguigui et Florence Pernel me demandent quel soir j'étais dans la salle. Je les devine cherchant des sensations de cette représentation.

Le jeu
Puisque, j'ai été très touchée par la relation entre ces trois sœurs, je leur propose de nous expliquer comment l'on devient des sœurs sur scène. Je le dis tout de suite, un blanc s'installe. Ma question semble, à juste titre, complètement incongrue. Jouer ce que l'on n'est pas est la base du métier d'acteur. Florence Pernel va être la première à répondre. Et sa réponse est du niveau de ma question... "Ben, on travaille le personnage..." Bien fait pour moi ! Valérie Benguigui, ayant eu cinq secondes pour essayer de trouver une réponse satisfaisante, rajoute, "il y a aussi tout le travail avec Bernard (Murat). Il fonctionne comme un mille-feuille, par couche et, à chaque couche, il rajoute de plus en plus de détails". Charlotte Valandrey acquiesce et expliquera plus tard "s'être basée essentiellement sur le ressenti plus que sur la situation, travaillant phrase par phrase".

Une équipe
Tenant un fil conducteur, je ne le lâche pas... J'insiste... Pour Valérie, il y a comme une évidence dans la relation entre les sœurs. "Dans une fratrie, on se balance des choses, on peut aller très loin..." Laurence rebondit "j'ai même trouvé beaucoup de mon personnage par le regard des autres. Dans la pièce, les deux autres parlent beaucoup de la petite, disant, 'elle est comme ci comme ça'. Je me suis beaucoup inspirée de ce qu'elles disaient". Je me tourne vers Charlotte, la silencieuse, j'évoque son personnage de Marie, médecin au caractère bien trempé. "Marie, c'est la fille
choisie." Telles deux véritables frangines, d'un presque même cri du cœur, les deux autres rajoutent : "Marie, c'est la préférée des parents. C'est celle qui ressemble le plus à la mère, aussi." Marie qui payera le prix fort cette préférence. Laurence Pernel avoue : "À force de réfléchir à mon personnage, je me réveillais la nuit et je me disais, 'si je tentais ça ' !" Elles évoquent aussi l'importance des regards que les unes portent sur les autres. Et là, Charlotte attrape le mot, "justement, tu ne me fais plus le regard !". S'ensuit une mise au point sur quelque chose qui avait été tenté sur scène et que Laurence Pernel a visiblement mis de côté :
"Tu as raison, je vais le refaire."

La direction d'acteurs
Valérie revient sur l'importance de la direction d'acteurs indiquée par le metteur en scène. "Bernard est très fort. Il savait précisément où il voulait aller." Charlotte renchérit : "Oui, on ne posait pas beaucoup de questions." Laurence rajoute, "il s'inspire de nous, de ce qu'on lui propose". Valérie rebondit : "Pour revenir à la manière dont on travaille son personnage, moi, je me pose la question : 'pourquoi fait-elle ou dit-elle cela ?'." Les deux autres sont d'accord avec elle. "On essaye de comprendre. Quand on a le fondement de la pensée du personnage, on sait où l'on va. Les sentiments viennent d'eux-mêmes." Elles expliquent aussi qu'elles se nourrissent les unes des autres.

L'entente
Pour jouer des frangines, il vaut mieux s'entendre. Ce qui semble être le cas. On sent entre elles de belles ondes. Elles reconnaissent rigoler beaucoup plus depuis qu'elles jouent. "Avant non !", s'exclament-elles d'une même voix. On devine, non pas toute la souffrance, mais tout le sérieux du travail de répétition. "C'est dur d'être devant la salle vide, de ne pas avoir la réaction du public. Pendant les répétitions, on ne voyait pas la dimension comique." Elles avouent avoir été agréablement surprises d'entendre les rires dans la salle. Je lève le stylo, il est l'heure de nous arrêter... Valérie Benguigui s'inquiète : "Ça va aller ? Vous avez de quoi faire ?" Oui, la preuve !
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 06/06/2007

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