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© Gilles Porte


Yolande Moreau
“Je détestais tout ce qui faisait ‘Conservatoire’. Avec le temps, je me dis que cela était un peu ridicule.”
Elle est au théâtre du Rond-Point avec un beau paquet-cadeaux, son spectacle "Sale affaire, du sexe et du crime" et son film "Quand la mer monte". Rencontre avec une artiste généreuse, sensible.
Allez, on commence par notre petite phrase : le rendez-vous a eu lieu... Cette fois-ci, c'est au théâtre du Rond-Point. Yolande Moreau n'étant pas parisienne, il faut profiter d'un de ses passages dans la capitale. Nous nous retrouvons dans la salle de réunion et je ne peux m'empêcher de dire : tiens c'est ici même que j'ai interviewé François Morel pour son Rendez-vous ! Elle sourit et dit "oui, c'est marrant". Vous mettez un brin d'accent belge sur cette phrase et vous avez la bonne tonalité. Ensuite, vous imaginez un visage qui a gardé un côté enfantin, voire mutin, yeux malicieux, sourire oscillant entre étonnement, surprise et amusement. Voilà le portrait d'une femme avec qui l'on irait bien rigoler, dire autant de bêtises que de choses sérieuses dans un bistrot de bord de mer du Nord...

Promenade chez Deschamps
Revenons à Paris, salle de réunion du Rond-Point, vue sur la rue. Le coup du François Morel tombait bien pour faire la transition avec la Compagnie Jérôme Deschamps, où elle a été longtemps pensionnaire. Je suis experte en démarche souple et sautillante à la Yolande, bras ballant et regard perdu sur la ligne bleue des Vosges. Je suis un peu cliente de ce style ! Elle sourit encore. La dame ne se dévoile pas comme cela, un mot est pesé avant d'être lancé. Et pis, les compliments, ça la gêne un peu. Sa rencontre avec Deschamps s'est faite en plusieurs temps. D'abord avec le cousin, en 1985, qui lui a dit après avoir assisté à son spectacle, "va voir mon cousin". Puis le temps passe et l'on arrive à l'époque des "Petits pas". "Il y avait une double page dans Libération, avec une photo d'une dame qui remet son pull. Cette photo m'interpelle. Et puis ce qu'il raconte me plaît. Alors je me souviens du cousin... Voilà ! C'était ma période corps. Je détestais tout ce qui faisait 'Conservatoire'. Avec le temps, je me dis que cela était un peu ridicule." Ensuite, deux ans se passent avant qu'elle ne participe à la belle équipe des Deschamps. "C'est bien d'appartenir à une famille d'acteurs, de jouer avec une équipe que l'on connaît bien, cela
procure beaucoup de plaisir."

Balade de jeunesse
Yolande Moreau n'est pas issue du Conservatoire et son jeu flirte sans cesse avec un naturalisme confondant. Comment est-elle arrivée au théâtre ? Comme bon nombre de comédiens, elle a attrapé tôt le virus. "À 14-15 ans, j'ai pris des cours de diction, de déclamation." Je manque de m'étrangler. Cela ne va pas avec l'image de son jeu, surtout elle qui pratique l'économie de langage ! "C'était par amour des textes. Je lisais beaucoup de poésie, celle que l'on trouve dans les livres d'école les 'Lagarde et Michard'. Après j'ai eu ma période rebelle et théâtre expérimental. J'étais baba-cool... J'aimais des trucs que je ne suis pas sûre d'aimer aujourd'hui, j'avais 17 ans." Ouf !, voilà une image qui colle plus à celle que je me faisais du personnage. "Et puis, j'ai eu mes enfants très tôt et j'ai tout stoppé." Ensuite, elle revient vers 25-26 ans au théâtre en participant, en Belgique, à des spectacles jeune public. "À cette époque, je découvre Zouc, les clowns tchèques. Je vais à Paris faire une école de clowns avec Philippe Gaulier. C'est une rencontre capitale, grâce à lui j'étais sûre de vouloir faire ce métier !" Tout cela est bien beau, mais la réalité est plus difficile. "Je n'avais pas de boulot !" Alors, comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, elle décide de "faire son histoire toute seule !". Elle garde l'idée du masque qu'elle a travaillée avec Gaulier. "Le masque, c'est la liberté de parole. Mon demi-masque, si chacun le met, il va être différent à chaque fois, car tous les corps racontent une histoire."

Le spectacle
"Je suis partie sur l'improvisation, avec l'interdiction d'avoir une idée avant d'entrer sur scène. Évidemment, la première fois, je n'avais rien à dire. Alors j'ai tapé sur le micro et les gens ont ri, alors j'ai tapé deux fois ... pour gagner du temps et puis j'ai dit un mot... Petit à petit j'ai commencé à écrire un texte que j'essayais ensuite devant un public qui fut en quelque sorte son metteur en scène. J'avais envie de parler du vide, de la difficulté d'exister, de la folie ordinaire. C'est de là qu'est né 'Salle affaire, du sexe et du crime', le spectacle que l'on retrouve en toile de fond du film 'Quand la mer monte'."

Le film
"Le spectacle a servi de prétexte au film qui raconte l'histoire d'une comédienne qui part en tournée avec ce spectacle-là et qui, en même temps, voit naître une histoire d'amour." J'avoue alors ne pas avoir vu le film, chose faite depuis. Je la félicite sur le succès de l'œuvre. "Oui c'est génial, mais le succès n'est pas non plus tombé du ciel ! Il y a eu tout un travail réalisé en amont par des gens remarquables. Et ce travail a fait marcher le bouche-à-oreille. Puis les prix ont élargi vers un public populaire." N'empêche, que dans le genre ovni entre deux grosses productions, Quand la mer monte se pose en douceur. Comme quoi, il ne faut pas prendre le spectateur pour un idiot.

Les deux ensemble
"L'idée est venue des gens qui avaient vu autrefois le spectacle ! Ce qui est amusant, c'est de réunir le théâtre et le cinéma, c'est de boucler la boucle ! C'est le thème du film : comment on s'inspire de la réalité dans la vie et comment on la transpose au théâtre, et comment dans la vie, on a besoin de mettre du rêve ! Il y a une résonance entre le film et le spectacle." En première partie, on nous montre le film qui ne contient que des bribes de Sale affaire... Ensuite, on assiste au spectacle et l'on retrouve sur scène ce que l'on avait vu sur la pellicule.

Conclusion
Avant de nous quitter, une question me brûle les lèvres... Aujourd'hui, que dit la petite fille qui prenait des cours de déclamation en regardant tout cela. La question la surprend. Après un temps, elle répond le plus simplement : "La petite fille reste consciente que c'est un métier magnifique et qu'elle a de la chance de pouvoir l'exercer !!!"
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 18/04/2007

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