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Magalie Léris
D.R.


Willy Protagoras enfermé dans les toilettes
Une pièce cruellement drôle qui broie l’idéal familial…
Qui des Protagoras ou des Philisti-Ralestine parviendra à s'imposer dans l'appartement qu'ils se partagent et se disputent ? Après "Littoral", Magali Léris poursuit son immersion dans l'œuvre de Wajdi Mouawad en mettant en scène sa première pièce : une métaphore grinçante et loufoque de la guerre civile, une exploration rageuse de la fracture entre adultes et adolescents.

Magali Léris
"L'agir immédiat"

Après sa mise en scène de Littoral (création à la Scène Watteau en 2004, puis reprise au Théâtre des Quartiers d'Ivry en 2005), Magali Léris a demandé à l'auteur d'origine libanaise de lui faire parvenir tous ses textes. "Ma première expérience avec l'œuvre de Wajdi Mouawad a été tellement importante", explique-t-elle, "tellement enthousiasmante, que j'ai tout de suite eu envie de me plonger de nouveau dans son écriture. J'ai donc tout lu. Et, finalement, c'est 'Willy Protagoras enfermé dans les toilettes' - sa première pièce, jamais représentée en France - qui m'a le plus touchée. Je crois de toute façon que je suis incapable de mettre en scène un texte qui ne résonne pas en moi de façon très intime."
Des résonances qui ont vu le jour à travers la révolte de Willy Protagoras contre le monde adulte et ont amené l'imaginaire de la metteur en scène vers des images à la fois joyeuses et violentes, cruelles et drolatiques. "L'écriture de Wajdi Mouawad comporte des aspects excessivement crus, une truculence complètement rabelaisienne, mais aussi une dimension très poétique. On se situe sans arrêt dans les extrêmes : les situations nous font rire avant de nous prendre à la gorge, pour nous forcer à voir, nous forcer à entendre... J'ai tenu à faire jaillir cette forme de contraste permanent. J'ai donc essayé de diriger les comédiens vers une énergie de l'instantanéité, de la spontanéité, afin que se dégage sur le plateau quelque chose de l'ordre de l'agir immédiat. Car finalement les personnages de 'Willy Protagoras enfermé dans les toilettes' sont très radicaux. Il n'y a donc pas lieu de marquer des temps psychologiques, de procéder à de longues réflexions. J'ai vraiment voulu éviter tout réalisme pour porter cette pièce vers une représentation faite d'ombres et de lumières, d'effets de transparence, une représentation en quelque sorte assez fantasmagorique..."

Stéphane Comby
interprète Willy Protagoras

"Willy Protagoras ne lâche rien, il ne fait aucune concession. Il incarne une jeunesse en état de révolte contre un monde adulte qui la malmène, lui fait vivre des choses terribles. Cela par égoïsme, par volonté de pouvoir et de domination, par manque de générosité, par intérêt économique... Alors, Willy en vient à s'enfermer dans les toilettes. Il s'agit du seul endroit de l'appartement où personne ne peut l'atteindre, où il peut exprimer librement son désaccord et sa colère."


3 questions à Wajdi Mouawad

Né au Liban en 1968, Wajdi Mouawad vit au Québec où il exerce les activités d'auteur, de metteur en scène et de comédien.

Selon vous, pourquoi cette première pièce est-elle restée si longtemps dans l'ombre ?

Je crois que la raison principale tient au fait qu'il s'agit d'une pièce nécessitant, au minimum, quatorze comédiens sur scène. C'est d'ailleurs pour cela qu'après sa création au Québec en 1998, il n'a pas été possible d'organiser de tournée. Et puis, comme toute première pièce, je dirais que Willy Protagoras enfermé dans les toilettes* peut sembler à certains égards trop juvénile, voire trop maladroite. C'est peut-être ce qui a fait peur à beaucoup de metteurs en scène et de directeurs de théâtre.

En quoi ce texte vous semble-t-il juvénile ou maladroit ?

Je l'ai écrite à l'âge de 19 ans. Je commençais seulement à pressentir que l'écriture était ce à quoi j'avais envie de consacrer ma vie. J'ai donc travaillé à cette pièce un peu en aveugle, sans trop comprendre ce que je tentais de raconter. C'était la première fois que j'éprouvais le vertige d'être happé par une histoire et un personnage en ayant l'impression que c'était eux qui m'inventaient, et non pas l'inverse.

Finalement, pour quelle raison profonde Willy Protagoras est-il reclus dans les toilettes ?

Il me semble que toutes mes pièces, de Journée de noces chez les Cromagnons jusqu'à Forêts*, en passant par Incendies* ou Littoral*..., tentent de répondre à cette question : pourquoi diable Willy s'est-il barricadé... ? Je n'ai pas envie d'apporter d'explication définitive à cela. Je laisse chaque lecteur, ou chaque spectateur, se faire sa propre idée...
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 16/04/2007

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