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D.R.


Le rendez-vous de Marie-Céline
La comédienne est au théâtre du Rond-Point pour donner lecture de «J'entends juste la musique mais pas la mort» de Sofia Sylvia Zerbib. Rendez-vous avec une grande dame qui n'a eu de cesse de nous surprendre et de nous séduire.
Calendrier oblige, le rendez-vous a lieu fin novembre. L'hiver installe ses premiers frimas. Avec beaucoup de prévenance, elle me guide par interphone interposé dans le jeu de piste qui mène à son nid. En grimpant l'ultime escalier, je tombe nez à nez avec Frédo, maître des lieux. L'adorable chat demande une marque d'affection avant de laisser passer. Il assistera à tout notre entretien, au centre du canapé entre nous, ronronnant de contentement sous les caresses de sa maîtresse. Même si je fais tout pour le cacher, je suis fortement impressionnée. Il y a de quoi, son parcours ressemble à une histoire du cinéma. Ce n'est pas rien. Avant la grande époque des séries télés genre Desesperate Housewives, elle fut une «Sainte Chérie» inventive et drolatique. Elle esquivera avec une grande finesse toutes mes tentatives à vouloir dresser un piédestal. Tant mieux, car notre conversation prendra un drôle de tournant, et la comédienne, se transformant en spectatrice éclairée, racontera ses plaisirs.

Le cinéma

Le Roi de cœur ouvre la marche de notre entretien. Elle est d'abord étonnée puis touchée que le film de Philippe de Broca soit évoqué avec ferveur. «C'est son chef-d'œuvre. Un film qui n'a pas marché ici. Il est resté une semaine à l'affiche du Marbœuf. Curieusement, il a connu un beau succès aux États-Unis. Il est resté douze ans à l'affiche d'un cinéma d'art et d'essai de Philadelphie.» Micheline Presle semble ne rien manquer de l'actualité cinématographique, traquant le moindre film, même le plus discret. Elle habite d'ailleurs un quartier riche en salles de cinéma. «J'ai juste à descendre, c'est là, à mes pieds.» Elle vient de voir Cœur de Resnais qu'elle a adoré. La veille, c'était La Fille à la valise de Zurlini. « Je ne l'avais jamais vu ! La séance était à 21 h 50. J'étais un peu patraque. Finalement je me suis dit, allez, on y va. Et j'ai bien fait !» Voilà, Micheline Presle, c'est une dame géniale, dont la jeunesse d'esprit va avec curiosité et ouverture. Elle a vu tous les premiers films d'indépendants américains. Je cite Cassavetes. « 'Shadows' ! Un souvenir choc ! »

Le théâtre

Sa gourmandise artistique est aussi au service du théâtre. Il est à souligner que Micheline Presle fait partie de ces comédiens qui ne se rendent pas au théâtre uniquement pour applaudir les copains. Non. Sa curiosité l'emmène loin. «J'étais aux premiers spectacles de Wilson, Chéreau, mais aussi du Splendid. Le café-théâtre, ce fut une sacrée découverte. 'La veuve Pichard', avec Anémone, Gérard Lanvin ! Il y avait aussi la Cité internationale, le Magic Circus, Copi, Savary. En revenant de 'Zartan', un de ses tout premiers spectacles, je dis à ma fille Tony : Tu vois, si j'avais ton âge, je partirais tout de suite avec eux. Finalement c'est moi qui suis partie. Avec 'Good bye Mister Freud' au théâtre de la Porte Saint-Martin, c'était la fête.» Imaginez cette comédienne, véritable star à l'époque, s'engageant sans restriction dans des aventures plus enrichissantes pour l'esprit que pour le porte-monnaie. «Jean-Michel Ribes, c'est par la télévision. On y parlait d'une jeune troupe qui jouait au théâtre de Plaisance. Cela m'a donné envie d'y aller et j'y suis allée.» Entre le désir et la réalisation de celui-ci, le pas ne se franchit pas si vite pour tout le monde. «Nous avons sympathisé et avons décidé de travailler ensemble. Nous avons fait une tournée extraordinaire avec sa pièce 'Les Fraises musclées' dans des endroits où le tourisme n'avait pas encore eu accès : la Guyanne, Haïti, Saint-Barth, Tahiti... À notre retour, nous avons repris la pièce à la Gaîté Montparnasse. C'est un souvenir très heureux.» Vous devinez, «heureux, fantastique, intéressant, la fête» sont des mots-clefs dans le vocabulaire de l'artiste. Elle avoue même préférer son rôle de spectatrice. «J'adore regarder jouer les acteurs. Lorsque je joue, je suis autant actrice que spectatrice !» Elle qui a beaucoup chiné aux puces, affectionne la découverte. «Chacun ses curiosités, sa vie. J'ai eu la chance de vivre dans des milieux artistiques variés et différents, comme celui de la peinture.» Le formatage intellectuel, très peu pour elle. La curiosité, oui. «J'ai eu beaucoup de chance, j'ai pratiquement toujours pu faire ce que je voulais.»

Le livre

Elle s'arrête, caresse le chat, s'excuse. «Tout ça je l'évoque dans le livre que je viens de terminer. Alors c'est un peu comme si je rabâchais toujours la même chose.» Difficile exercice de l'entretien, mêmes questions donc forcément mêmes réponses. Justement, parlons de Di(s)gressions, ce livre où elle livre à Stéphane Lambert ses souvenirs, et qui sort en janvier chez Stock. «Un souvenir et l'on part ailleurs. D'où le titre 'Di(s)gressions'. J'ai toujours prononcé ce 's', qui n'existe pas, nous l'avons donc gardé mais entre parenthèses.» Ce qui est déjà une digression.

La lecture

Cela faisait plus de quinze ans qu'elle n'était pas remontée sur une scène, les dernières pièces furent La Nuit de Valognes d'Éric-Emmanuel Schmitt et Boomerang de Myniana. Ce qui montre l'éclectisme de Micheline Presle. Comment ce texte lui est-il arrivé ? «Je connais Sofia depuis longtemps. À une rencontre chez des amis, on parlait livres, on a parlé de nouvelles. Un genre que j'ai toujours aimé et que l'on a longtemps considéré à tort comme mineur dans la littérature. J'aime cette forme, ce petit contexte où tout est concentré.» Elle part à la campagne et reçoit le manuscrit avec ce simple mot. «Puisque tu aimes les nouvelles, dis- moi ce que tu en penses. Après l'avoir lu, je l'appelle et lui dis le plaisir que ses nouvelles m'avaient procuré.»... De là à se retrouver sur scène ! «Cela a commencé avec une lecture du texte aux 'Mardis midi des textes libres' qu'organisent Louise Doutreligne et les EAT au Rond-Point. Sofia m'a demandé de me joindre à Clémence Massart pour lire des morceaux choisis. À la sortie, Jean-Michel Ribes m'a proposé d'en faire une lecture sur le créneau de 18 h 30. J'ai dit OK. J'aime le théâtre du Rond-Point. C'est un lieu de rencontre, un lieu vivant. Une réussite parfaite.» Il est temps de nous séparer. Devant mon coup nu et un rhume pointant, elle refusera de me laisser repartir dans ce froid, sans me prêter une écharpe. Merci Madame.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 05/02/2007

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