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©Gérard Bedeau-tf1


Le point de vue de Claire Chazal
À l'âge de 10 ans, Claire Chazal découvre la Comédie-Française et se passionne pour les stars du Français, les loges, le rideau rouge, l'atmosphère de l'entracte. adolescente, elle écume les théâtres de la périphérie,
de la banlieue, et découvre un théâtre intellectuel plus engagé. La reine de l'info n'a pas sacrifié sa passion sur l'autel du 20 Heures ; elle profite des débuts de semaine où elle n'est pas à l'antenne pour courir les salles de spectacle. Pour le théâtre, elle trouve le temps, prend le temps.
Quelle spectatrice êtes-vous ?
Comme une groupie, une midinette, je suis sensible aux personnes. Quand je vais voir Isabelle Adjani, il y a un charme très particulier, c'est comme une diva. Peut-être même indépendamment de la pièce et du rôle, je vais juste voir et entendre une personnalité que j'admire et respecte. Voir Trintignant, Bouquet, Noiret, c'est comme un monde loin de moi, inaccessible. Ce sont donc d'abord les acteurs que je recherche, ensuite une atmosphère, la mise en scène, et vient après le plaisir du texte. Je ne suis pas dans un plaisir intellectuel.

Que pensez-vous de la création actuelle ?
Elle est foisonnante, elle permet de découvrir des visions nouvelles du théâtre : celle de Julie Brochen, de Philippe Calvario, de Sivadier... Par ailleurs, je suis peut-être un peu frustrée par certains textes contemporains qui me déroutent ou parce que l'on ne nous offre pas assez de pièces du répertoire.

Comment choisissez-vous les spectacles que vous allez voir ?
Je vais chercher les critiques dans les journaux. Pas tous. J'aime bien Tesson ou Armelle Héliot, et je me fais une petite idée. De toute façon je suis au courant très tôt des projets, je corrige ensuite avec les premières critiques, et puis après avec ce que l'on m'en dit.

Cela correspond-il avec ce qui passe à l'antenne ?
Je n'ai pas le temps d'aller tout voir ; il m'arrive de passer un sujet alors que je n'ai pas encore vu le spectacle, mais j'y vais après. Il y a les sujets que l'on traite d'évidence, que l'on ne peut pas ne pas faire. Pour ce qui est plus confidentiel, on fait des repérages. Et puis il y a des spectacles pour lesquels on nous appelle au secours, et je suis très heureuse de pouvoir rendre ce service : très souvent des directeurs de théâtre, des producteurs, des metteurs en scène ou des acteurs nous appellent et demandent un petit coup de main. Et c'est bien.

Quel est l'impact d'un reportage au JT ?
On ne fait pas critiques, on donne à voir, on dit «cela existe». Jamais nous ne ferons un sujet pour éreinter, on n'est pas là pour faire un éditorial. On montre les choses et, parfois, j'ajoute un petit adjectif parce que j'ai bien aimé. C'est à la fois un formidable coup d'accélérateur - lorsque l'on passe un sujet le samedi à 13 heures, dès l'après-midi il y a des réservations -, et en même temps c'est un peu compliqué en une minute trente de faire revivre une pièce. Ce n'est pas visuel, il faudrait laisser un peu de texte, faire parler les acteurs ; c'est la chose la plus rébarbative et la plus difficile à monter. Parfois, nous avons un peu de culot, même si l'impression finale est étrange... On peut aussi tourner la difficulté en faisant un portrait d'acteur qui rend les choses plus humaines et plus accessibles. Mais on est un peu audacieux...

C'est le délicat problème de faire passer le théâtre à la télévision...
Cela peut vraiment aider les théâtres, faire connaître des spectacles car nous avons toujours 9 ou 10 millions de gens qui regardent. La télé pourrait se moderniser pour des cérémonies comme les Molière ; il y a là un manque d'imagination, ce n'est pas très attrayant. Et, enfin, peut être que l'on n'a plus l'audace de faire Au théâtre ce soir : moi j'aimais bien cela, on avait l'impression d'y être, on attendait les trois coups, le rideau s'ouvrait, on participait à l'événement. Pourquoi ne pas l'envisager sur une chaîne publique ? Ça manque. On pourrait aussi faire des émissions autour d'une préparation de pièce, avant sa diffusion.

Vous participez au Festival de la correspondance de Grignan, où vous donnez des lectures. Aimeriez-vous jouer la comédie ?
Oui, mais je ne sais pas si je saurais car je ne suis pas comédienne. Mon rêve de scène de petite fille était la danse, très précisément. tre comédienne, c'est autre chose. Ces lectures sont plus proches de mon métier. Moi je lis mon texte tous les soirs, donc je sais lire et, cependant, à Grignan je suis obligée de faire un petit travail d'interprétation, et cela me passionne. J'ai le sentiment de devoir travailler, d'être très libre, et comme ce n'est pas mon métier, j'ai le droit à l'erreur. En même temps je touche quand même au théâtre car je suis dirigée, aidée par quelqu'un qui m'explique les intonations, les intentions, qui me guide.

Vous êtes très liée au ministre de la Culture, vous influencez-vous mutuellement ?
Renaud est mon ami depuis très longtemps, bien avant qu'il soit ministre. Nos échanges culturels ne datent pas d'aujourd'hui, on a passé notre temps à aller ensemble voir des pièces, des ballets, de l'opéra. Aujourd'hui il est dans une autre position, il va voir encore plus de choses qu'avant, souvent on se rejoint. On s'influence, il m'a fait découvrir des choses, plutôt en musique, et moi je peux lui parler plus de théâtre. J'aime qu'il ait une bonne image auprès des médias artistiques. Il n'a pas peur d'affronter les personnes différentes de lui, les artistes sont souvent de gauche, mais il aime bien les gens, il est sincère. Je n'ai pas beaucoup de mal à le défendre. Mais j'ai une obligation d'impartialité, même si j'aime bien montrer ce qu'il fait, je ne le ferai pas sur TF1.

Est-ce difficile d'être la spectatrice de votre compagnon, Philippe Torreton ?
Oui, car j'ai le trac. Pas au cinéma, encore que j'ai toujours la crainte d'aller voir les films une fois achevés. Au théâtre, j'ai vraiment la peur de l'épreuve. Pas tellement du trou de mémoire car il est très bosseur, mais peur de la fatigue de l'épuisement, de ce que ça représente. L'année dernière, Richard III, c'était un marathon ; le corps ne s'habitue pas tout de suite, il y a une souffrance, mais magnifique. En fait j'aime ça, ça me fait peur, mais cela m'excite beaucoup.
Dossier par François Varlin
Paru le 19/02/2007

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