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©Brigitte Enguerand


"La dispute"
À la MC 93 de Bobigny
Qui de l'homme ou de la femme a commis la première infidélité amoureuse ? Plongeant son théâtre au cœur d'une machination extraordinaire, Marivaux compose une comédie cruelle, un voyage vers une forme d'enfance du monde. Sous la direction de Marc Paquien, Anne Caillère et Noémie Dujardin incarnent respectivement Adine et Eglé, deux des protagonistes féminines de cette mise à nu de l'âme humaine.
Anne Caillère : «Une aventure du langage et
de l'imaginaire hors du commun»

Issue de l'École du Théâtre national de Strasbourg, Anne Caillère a joué sous la direction de Bernard Sobel, Jean-Pierre Vincent, Joël Jouanneau, Jean-Louis Martinelli, Stuart Seide... Elle incarne aujourd'hui une Adine baroque et décadente.

En tant que comédienne, où se situe votre plaisir d'entrer dans le théâtre de Marivaux ?
Avant toute chose dans le plaisir de la langue. Car il s'agit d'un théâtre extrêmement écrit, faussement simple : chaque mot est essentiel, chaque réplique offre une quantité étonnante de possibilités. C'est vraiment une aventure du langage et de l'imaginaire hors du commun. Et puis, il y a la joie d'être très fortement connecté au plaisir des spectateurs. Car La Dispute propose des situations de jeu si riches, développe une telle théâtralité, un tel sens du jeu dans le jeu, elle exige à ce point des comédiens d'être dans le présent de la représentation, que l'expérience vécue sur le plateau est profondément partagée avec les spectateurs.

C'est donc une aventure à trois entre le comédien, le personnage et le spectateur...
Exactement. Jouer La Dispute, implique d'être dans le présent de l'émoi, en train de diriger à vue ces personnages qui se cherchent. L'acteur regarde la figure qu'il incarne en train de se perdre, prise dans une suite de vertiges. Tout en jouant de cette perdition, il partage le plaisir qu'a le public à se perdre lui-même à travers lui.

Qu'est-ce qui fait, selon vous, la singularité du regard de Marc Paquien sur La Dispute ?
Ce qui me plaît dans sa vision, c'est qu'elle propose, à travers l'avancée jubilatoire de la langue, de se réapproprier l'acte joyeux de fêter le verbe sur un plateau. Ça ne veut bien sûr pas dire que le théâtre ait cette seule fonction festive. J'ai vu d'autres mises en scène de Marc Paquien, notamment de pièces de Crimp, qui se situaient à un tout autre endroit. Au théâtre, on vient aussi réveiller les morts. Mais sa mise en scène de La Dispute propose, elle, la célébration de la duplicité et des ambivalences du langage. Elle insiste sur toutes les forces de la passion - et des folies - qui nous font prendre conscience que l'on est très vivants.

Noémie Dujardin interprète Eglé
«Eglé est une jeune fille qui s'éveille au monde. Durant dix-huit ans, comme les trois autres adolescents de la pièce, elle a vécu en vase clos, loin du monde, sans expérience de l'autre. Et puis un jour, on la sort de cette mise à l'écart. Elle fait alors l'expérience en quelques heures d'une vie entière, apprend à aimer, à détester, à pleurer, à s'étonner... Pour moi, interpréter ce personnage, c'est appréhender son parcours de la façon la plus concrète, la plus droite possible, en évitant tout psychologisme. Cela afin de servir au mieux la virtuosité de Marivaux, la langue joyeuse et exaltante qu'il a inventée pour son théâtre.»

2 questions à Marc Paquien

Après Le Baladin du monde occidental, Marc Paquien investit la langue de Marivaux. Une façon de continuer à rêver d'un théâtre profond, ludique et imaginatif.

Qu'est-ce qui vous séduit en premier lieu chez Marivaux ?
Sans doute son souci d'inventer une langue. Marivaux a donné naissance à un langage à la limite de l'abstraction, un langage d'une richesse et d'une modernité extrêmes qu'il créait avant tout pour des comédiens. Il faut bien se rendre compte que personne, au XVIIIe siècle, ne parlait comme Marivaux écrit.

Cette inventivité de la langue est particulièrement importante dans La Dispute...
Oui, car dans cette pièce, Marivaux, vieillissant, décide de se retourner vers un monde de l'origine. Pour cela, il raconte l'histoire d'une expérimentation à la fois drôle et féroce : quatre adolescents, élevés depuis leur naissance en dehors du monde, sont lâchés dans la nature et dans la société. C'est à travers l'usage de la langue qu'on leur a apprise qu'ils se révèlent au monde, vieillissant prématurément. Un peu comme s'ils s'abîmaient dans ce langage acquis mais jusque-là inusité, un langage qu'ils se surprennent, tout au long de la pièce, à découvrir.
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 11/01/2007

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