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D.R.


"La vérité toute nue"
C'est tout le charme, tout l'humour et toute la causticité de la littérature anglaise que Christophe Correia porte sur la scène parisienne avec cette «Vérité toute nue» signée David Lodge.
Christophe Correia
«Lodge me fait penser à Woody Allen»


Un romancier retiré à la campagne avec sa femme après un premier succès et pas mal d'échecs voit sa vie bouleversée par les arrivées successives d'un vieil ami devenu auteur de séries télé et d'une journaliste de tabloïds. Admirations croisées, jalousies, amitiés de longue date, révélations, disputes, remises en cause intimes... sont au programme de cette comédie caustique qui, mine de rien, s'interroge sur la création littéraire, sur la réussite à tout prix, sur les accommodements avec ses rêves de jeunesse, et dans laquelle la mort de Lady Di tient un rôle essentiel. Ce mélange des genres où la comédie se corse d'acidité psychologique, c'est ce qui a séduit Christophe Correia quand il a découvert Les Quatre Vérités, un roman de David Lodge. «Je cherche beaucoup dans les romans ce qui peut être adaptable au théâtre, explique le jeune metteur en scène. Là, c'était idéal : un huis clos, beaucoup de dialogues. C'est quand j'ai contacté l'éditeur qui en avait les droits pour faire l'adaptation que j'ai appris que Lodge en avait d'abord écrit une version scénique qui avait été jouée chez lui, à Birmingham, avant qu'il n'en fasse un roman.» Devenu fan de l'univers et de l'écriture de Lodge depuis que, sur le conseil de Pierre-Olivier Scotto, il a découvert Thérapie, Christophe Correia saute sur l'opportunité : «Dans le côté intello brillant, Lodge se situe pour moi dans la lignée d'un Woody Allen au cinéma. Ce qu'il écrit et ce qu'il décrit est toujours très fin, très intelligent, c'est fait avec énormément d'humour et de légèreté, et ça me touche au plus haut point. J'adore la gravité mais j'adore aussi l'humour, et pour aller à l'une, il faut parfois passer par l'autre : ce sont ces petites bulles d'air qui permettent aux émotions et aux idées de mieux passer. Et il y a tout ça chez Lodge.»

Claire Nebout
«Le désir des autres»


«J'ai l'impression que cette pièce va m'ouvrir des possibilités», remarque Claire Nebout. Car c'est vrai que le théâtre reste assez marginal dans la carrière de cette comédienne à la beauté troublante révélée par André Téchiné dans son Lieu du crime. Alternant cinéma et télévision (on l'a vu dans la saga de l'été Laura, sur M6, mais aussi en vedette dans la dernière saison de La Crim' sur France 2), elle n'a eu l'occasion de monter sur les planches qu'à cinq reprises, notamment pour Robert Hossein (Huis clos de Sartre en 2000) et dans une des nombreuses reprises des Monologues du vagin d'Eve Ensler. «C'est un métier où l'on est totalement tributaire du désir des autres, explique-t-elle. Ma chance ici, c'est qu'avec Christophe (Correia), on se connaît depuis quinze ans et qu'on avait envie de travailler ensemble. D'ailleurs, après cette pièce, on va recommencer puisqu'on va jouer du Serge Valletti à Avignon cet été.» Dans La vérité toute nue, elle est Fanny Tarrant, «une journaliste très controversée qui ne mâche pas ses mots, une fille brillante, cultivée, piquante, parfois manipulatrice, mais qui va devenir plus humaine, qui va s'adoucir en rencontrant un écrivain qu'elle admire. Ce que j'aime le plus, c'est que c'est un personnage qui évolue parce qu'il est rattrapé par le destin. Ce qui m'amuse aussi en tant qu'actrice, c'est de jouer l'autre côté des paillettes avec ce personnage de journaliste people. C'est une pièce très intelligente sur la création, les médias, les pièges de la célébrité gratuite. C'est très contemporain».

Patrick Raynal
«Cette pièce est un petit bijou»


«Adrian m'a plu tout de suite, annonce d'emblée Patrick Raynal en parlant de son personnage. J'ai tout de suite senti que nous nous ressemblions un peu. Je n'ai pas son talent d'écrivain bien sûr, mais je me reconnais dans sa tentation de se retirer du monde. Il a fait des choix, il a renoncé à une vie mondaine et il a préféré se mettre à l'écart dans sa maison du Sussex. C'est un personnage qui me faisait sourire, c'est une de ses caractéristiques. Il se réfugie beaucoup dans l'humour, dans une distanciation par rapport au quotidien et par rapport aux autres. Il est toujours un peu en dehors, un peu spectateur de ce qui se passe autour de lui. » Sorti du Conservatoire en 1973 et ayant eu sur les planches des partenaires aussi prestigieux qu'Edwige Feuillère, Michèle Morgan, Line Renaud ou Bernard Giraudeau, cela faisait près de dix ans que Patrick Raynal n'était pas monté sur une scène parisienne. Ce qui ne l'a pas empêché, entre deux tournages pour une télévision qui fait très souvent appel à lui dès ses débuts (il tourne ainsi le feuilleton François le Champi en 1974 et tient aujourd'hui un des rôles principaux de la série sur les pompiers SOS 18), de participer à plusieurs spectacles en province ou en tournée. «C'est une joie intense pour moi de renouer avec le contact direct avec les gens. C'est inouï le plaisir qu'on peut éprouver à tenir une salle, à savoir que son propre souffle est porteur d'émotions pour des dizaines de personnes. Je ne me plains pas d'être beaucoup sollicité à la télé, j'y ai de jolis rôles, mais c'est un plaisir plus ponctuel, plus solitaire que le théâtre. Et puis, c'est vrai que cette pièce pleine d'élégance, d'humour et de charme, est un petit bijou et que c'est exactement ce vers quoi j'avais envie d'aller quand j'ai décidé de refaire du théâtre.»

Isabelle Renauld
«Je suis pleine de doutes»


«Je suis plutôt drôle dans la vie alors qu'on me propose en général des choses sombres, même au cinéma. J'en ai marre de mourir à la fin dans d'atroces souffrances !», s'exclame en riant Isabelle Renauld. Et c'est vrai que cette actrice à la beauté rayonnante si souvent comparée à Romy Schneider n'a guère eu l'occasion de montrer sa face lumineuse au fil d'une carrière qui l'a vue jouer sous les directions prestigieuses de Patrice Chéreau (elle est passée par Les Amandiers avant de tourner son Hôtel de France), Jacques Doillon, Roger Planchon, Catherine Breillat, François Dupeyron ou Theo Angelopoulos. Alors elle se régale d'avance de montrer une autre facette de son talent grâce au rôle d'Eleanor dans La Vérité toute nue, cette «femme solaire qui a toujours vécu dans l'ombre de son mari écrivain et qui s'est toujours dévouée pour lui, mais qui va peu à peu se révéler». Si montrer qu'elle peut être légère est un défi pour Isabelle Renauld, ce n'est pas le seul qu'elle ait à relever ici : «Je suis pleine de doutes au théâtre, explique-t-elle. Car même si c'était mon envie première lorsque je suis montée à Paris depuis ma Bretagne natale et malgré ma formation, je n'en ai pas fait énormément depuis. Peut-être parce que je n'ai pas su entrer dans les bons réseaux. Toujours est-il que j'ai un peu perdu confiance. Mais c'est quand même ce qui me motive le plus : au théâtre, il y a un travail d'introspection, une mise en danger jouissive qui est incomparable.» Alors, malgré son angoisse du texte, c'est avec un vrai bonheur qu'elle aborde ce spectacle qui lui tient à cœur : «Moi, je travaille beaucoup avec mes partenaires, en fonction d'eux. C'est une alchimie qu'on pourrait comparer à l'agriculture, plaisante-t-elle : d'un côté il y a la terre, de l'autre la pluie, et c'est grâce à la rencontre des deux que ça pousse...»


Jacques Frantz
«Un très joli bruit»


Christophe Correia dit que c'est parce que vous avez quelque chose de british qu'il vous a choisi pour jouer Sam, le réalisateur télé de La Vérité toute nue. Vous êtes d'accord avec ça?
"C'est vrai qu'à une époque de ma vie, ma copine était anglaise et j'ai partagé ma vie durant des années entre Paris et Londres. J'ai appris à bien connaître ces gens, leur vie, leurs qualités, leurs défauts, leur humour. Je les apprécie beaucoup, j'apprécie surtout leur théâtre. Et c'est vrai que tout cela a peut-être donné un côté british à mon comportement. Cette expérience m'aide à construire Sam, qui n'est pas que le personnage cynique et excessif qu'il paraît au premier abord, qui n'est pas seulement quelqu'un qui sexualise tout ce qu'il touche mais qui est un amoureux déçu. Sam n'est pas du tout un beauf satisfait, il a une faille. Il y a en lui un manque mais aussi une positivité qui l'amène à pousser les autres à sortir d'eux-mêmes.

J'ai l'impression que vous avez beaucoup de tendresse pour lui...
Je ne veux pas le caricaturer, je ne veux pas qu'on ait envie de le juger. Vous savez, quand j'accepte un rôle, moi je joue ma vie. J'ai horreur de la convention ou de me reposer sur des standards de jeu. Ce qui m'intéresse, c'est la possibilité de créer des nuances. Et l'écriture du théâtre anglais et celle de Logde permettent cela. C'est aigu, c'est sur le fil. C'est comme une musique de quatuor : ça n'a pas l'air de faire beaucoup de bruit mais c'est un très joli bruit.

C'est une déclaration d'amour au théâtre anglais...
La colonne vertébrale du théâtre britannique, c'est qu'il vous fait dire quelque chose alors que l'œil dit autre chose. C'est formidable. Les Anglais adorent leur théâtre et leurs acteurs. Ils vivent vraiment le théâtre de l'intérieur. Et puis ils ont ce que n'ont pas assez les Français : l'humour, cette espèce d'autodérision autant sur soi-même que sur les autres qui rend les choses plus vivables, plus légères, qui donne une distance par rapport à l'urgence. On pourrait mesurer une civilisation à son niveau d'humour...
Dossier par Didier Roth-Bettoni
Paru le 16/02/2007

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