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D.R.


Alain Ollivier
“Pourquoi les Dionysiens n’auraient-ils pas droit au meilleur ?”
Découvreur de textes, metteur en scène et comédien exigeant, Alain Ollivier arpente la scène depuis près de quarante ans. À la tête du Studio-Théâtre de Vitry de 1983 à 2001, cet artiste singulier dirige aujourd'hui
le Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis.
Pourquoi avez-vous quitté le Studio-Théâtre de Vitry pour le Théâtre Gérard-Philipe ?
À Vitry, n'ayant pas de cahier des charges, j'évoluais dans un état de liberté presque absolu. Or, à partir d'un certain moment, je me suis rendu compte qu'en me mettant totalement à l'abri des réalités sociales, cet excès de liberté risquait de me placer dans un état d'endormissement.

La vie était devenue trop rose ?
Oui, trop rose, trop belle ! J'avais conscience que la réalité du théâtre en France était beaucoup plus complexe que cela. Je me suis donc dit que si je n'allais pas au-devant de la difficulté, à force d'en être protégé, quelque chose du réel, du concret, allait m'échapper. Et puis, j'avais également conscience d'être parvenu au bout des possibilités artistiques que représentait, pour moi, l'outil Studio-Théâtre.

En arrivant à Saint-Denis, quelle politique de programmation souhaitiez-vous mettre en place ?
J'ai eu le souci de répondre positivement aux questions suivantes : pourquoi les Dionysiens n'auraient-ils pas droit au meilleur ? Pourquoi leur théâtre ne présenterait-il pas ce qui est considéré ailleurs, c'est-à-dire dès que l'on passe le périphérique pour entrer dans Paris, comme ce qui se fait de mieux, de plus intéressant ? C'est cette question-là qui gouverne, depuis le premier jour, mon action au Théâtre Gérard-Philipe.

Vous ne souhaitez donc pas considérer le public de Saint-Denis comme un public spécifique...
Non, car je ne crois pas du tout que les habitants du 5e, 6e ou 17e arrondissement de Paris soient mieux armés que les habitants de Saint-Denis pour faire face à une pièce de Strindberg ou de Thomas Bernhard ! Et puis, il ne faut pas oublier que notre mission, à Saint-Denis comme à Aubervilliers, à Gennevilliers ou à Nanterre, est de créer une tradition théâtrale auprès des populations de banlieue. Et ce n'est pas en montant des navets que l'on va le faire ! Ce qui se passe ici est un grave problème d'ordre culturel, auquel il faut tenter d'apporter une réponse non démagogique, une réponse fondée sur la valeur artistique et la pédagogie. C'est pourquoi avec les collèges et les lycées de Saint-Denis, nous organisons des ateliers d'initiation à l'art dramatique. C'est pourquoi, j'ai renforcé le dispositif qui permet aux acteurs amateurs de Saint-Denis et du département de travailler à la réalisation d'un spectacle inscrit dans la programmation officielle.

Finalement, quelles sont les principales difficultés qui se posent au directeur de Centre dramatique national que vous êtes ?
Elles sont essentiellement d'ordre financier. Car les subventions aujourd'hui allouées aux théâtres de banlieue sont très insuffisantes. Nos moyens actuels ne nous permettent pas, par exemple, d'élaborer un plan de communication digne de ce nom. Alors que, justement, c'est ici, en banlieue, qu'il faudrait être en mesure de surcommuniquer ! Si l'on compare le budget d'un Théâtre national à celui du Théâtre Gérard-Philipe, dont la mission est tout de même particulièrement difficile, c'est vraiment à décourager les meilleures volontés ! Parce que, quoi que l'on puisse en dire, d'un point de vue de leur environnement, les théâtres de banlieue ne sont pas des Centres dramatiques nationaux comme les autres. Ils sont confrontés à un paysage extrêmement concurrentiel, qui est celui de la vie théâtrale parisienne.

Vos activités de directeur et de metteur en scène semblent vous avoir quelque peu éloigné de votre métier de comédien. Est-ce pour vous un regret ?
Non, assez étrangement, je dois avouer que cela ne me manque pas trop. Pourtant, jouer est sans doute ce que je peux imaginer le plus proche du paradis ! Parce que c'est entrer, tous les soirs, dans un ordre qui est celui de l'imaginaire, un ordre qui échappe totalement au normatif pour instaurer le règne de la fiction. Et ça, c'est une sensation absolument incomparable...
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 09/11/2006

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