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D.R.


Philippe Adrien
pour “La Mouette”
Directeur de La Tempête depuis 1996, auteur, comédien et metteur en scène, Philippe Adrien consacre chaque seconde de sa vie à l'art dramatique qui représente, pour lui, songeant à Tchekhov, "la seule possibilité d'échapper à une destinée de bourgeois de Kiev". Il signe en cet automne 2007 une nouvelle traduction et adaptation de "La Mouette".
Vous avez retraduit ces dernières années toutes les pièces étrangères que vous avez mises en scène. Pourquoi cette nécessité ?
Antoine Vitez le disait : "Traduire, c'est déjà mettre en scène." Le texte de Tchekhov est assez simple, mais il comporte différents niveaux de langue. Je me suis attaché, avec l'aide de Vladimir Ant, à respecter de la manière la plus stricte ces nuances. Cette version devrait sonner comme tout à fait neuve. C'est d'ailleurs le sentiment des éditions de L'Arche chez qui le texte paraît.

Pourquoi vous être emparé de ce classique des classiques ?
Cette pièce m'a toujours intrigué car c'est un texte sur le théâtre. Cette mosaïque de points de vue sur l'art, la littérature et la scène me touche particulièrement. Mais le détonateur de cette aventure fut Julie Biereye, qui est une actrice anglo-allemande, née au sein de la célèbre compagnie itinérante anglaise Footsbarn. Dans le cadre d'un atelier, elle m'avait présenté une scène de La Mouette et j'ai été frappé par ce qu'elle apportait à l'idée que je me faisais du rôle de Nina. Son éclat et sa santé m'ont saisi. Le B.A-ba du métier est de se positionner de manière à surprendre le public, mais on fait souvent le contraire ! On est tellement frappé par l'image de fin d'une Nina déglinguée que l'on choisit, avant tout, une comédienne capable d'assumer ce destin. Pour ma part, j'ai choisi cette actrice justement parce qu'elle ne semble en rien faite pour subir un sort pareil. Nina est une bombe de joie au début de la pièce. Julie m'a ensuite proposé que sa mère joue le rôle d'Arkadina et son beau-père celui de Sorine. J'ai accepté car il y avait là en germe une véritable relation organique avec l'œuvre... ainsi qu'une ultime occasion pour moi de rattraper en chemin mon être de saltimbanque.

Quels ont été vos partis pris pour la mise en scène ?
Ce qui s'est imposé, c'est de mettre le théâtre à nu. Dans ce lieu qui n'est pas conçu comme un théâtre, je travaille habituellement sur des contenants très sombres. L'idée m'est venue de peindre tout en blanc, en quelque sorte pour que le texte s'écrive noir sur blanc. Nous allons jouer avec la profondeur... L'espace est très vaste au premier acte qui ouvre sur le lac. Mais d'acte en acte, il va se rétrécir sur Treplev qui se sent de plus en plus enfermé dans son être de petit-bourgeois et son désespoir. La pièce se terminera à ras du cadre, presque dans la salle, comme si les acteurs allaient tomber du plateau.

En tant que directeur de théâtre, comment réalisez-vous votre programmation ?
J'ai des antennes partout comme lecteur, metteur en scène, mais aussi auteur. J'essaie d'être ouvert. Je n'ai jamais souhaité que La Tempête devienne une chapelle vouée à mon propre culte, je pense qu'il ne faut pas enfermer le public dans un point de vue mais lui proposer des surprises.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 09/11/2006

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