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D.R.


Yves Beaunesne
met en scène “Dommage qu’elle soit un putain"
Dans l'Italie de la Renaissance, un frère et une sœur font claquer la pureté de leur passion amoureuse à la face de la société corrompue qui les condamne. Le metteur en scène Yves Beaunesne approfondit la voie de ses obsessions artistiques à travers "Dommage qu'elle soit une putain" de John Ford, l'une des pièces les plus transgressives du théâtre élisabéthain.
"Je crois que tous les artistes ont des obsessions", fait remarquer Yves Beaunesne, "et pour bien creuser ses obsessions, il faut les creuser longtemps et au même endroit". Un labour auquel le metteur en scène s'applique depuis douze ans (il signe son premier spectacle en 1995 : Un mois à la campagne d'Ivan Tourgueniev), non seulement par le traitement scénographique, mais aussi par les sujets et figures se dégageant des textes qu'il choisit d'investir.
Du bois et de la toile, "des matières qui ont toujours stimulé [son] imaginaire". Un plateau nu, et pentu car il souhaitait "matérialiser, sur scène, l'idée de la chute, de la glissade". Et puis, "comme souvent dans [ses] spectacles, l'intégration d'une forme de transversalité
artistique associant à [son] travail celui de chorégraphes, de créateurs sonores travaillant comme de véritables musiciens, de scénographes également peintres...". Et si l'univers de son Dommage qu'elle soit une putain rejoint les codes scéniques chers à Yves Beaunesne, les thématiques de ce texte ne sont également pas sans rappeler d'autres pièces qu'il a précédemment portées à la scène.
Oncle Vania de Tchekhov, La Princesse Maleine de Maeterlinck, La Fausse Suivante de Marivaux, Yvonne, Princesse de Bourgogne de Gombrowicz... "À travers tous mes spectacles, on peut discerner la récurrence d'un jeune personnage féminin conçu comme une forme de détonateur, un personnage qui fait l'effet d'une bombe dans la société dans laquelle il vit", explique le metteur en scène. "Autour de cette figure, s'élève l'idée du glaive porté par la parole autonome, la parole libre. Dans Dommage qu'elle soit une putain, les personnages sont abordés de telle sorte que l'on ne peut pas biaiser avec l'obscène et le scandaleux. J'ai ainsi voulu traiter l'alliance du sexe, du sang et du sacré à travers une cathédrale du vide symbolisée par une idée de Cité interdite, un peu comme si les Borgias revenaient d'un comptoir asiatique..."
Du sexe, donc, du sang et du sacré, dans une version qui refuse toute vision romantisée de l'inceste pour travailler sur l'idée d'une transgression révolutionnaire. "Ce que raconte Dommage qu'elle soit une putain, c'est que lorsque l'ordre se fait trop étouffant, trop lourd, le besoin d'air et de liberté devient tel que l'on peut alors être amené à se diriger vers le chaos le plus fou, vers les interdits les plus invraisemblables." Envisagé comme un acte délétère, venimeux, l'inceste va ainsi peu à peu distiller son pouvoir de nocivité pour mener les personnages de Ford vers des sentiments d'amour et de haine paroxystiques et destructeurs.
Portrait par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 29/11/2006

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