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D.R.


André Marcon
“Tout ce que Yasmina Reza écrit, c’est du combustible pour la scène”
Après "Une pièce espagnole", il investit pour la seconde fois l'écriture de Yasmina Reza avec "Dans la luge d'Arthur Schopenhauer", mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia. Aux côtés de l'auteure, de Christèle Tual et de Maurice Bénichou, André Marcon incarne l'une des quatre possibilités d'existence que distingue cette suite de monologues antagonistes et paradoxaux.
Comment est née votre nouvelle envie de jouer une pièce de Yasmina Reza ?
Très simplement. Quand un acteur rencontre un auteur vivant et qu'il se trouve bien dans son écriture, il a naturellement envie de prolonger et de renouveler cette complicité-là. Suite à Une pièce espagnole, qui a été pour moi une expérience importante, j'ai revu Yasmina Reza et elle m'a parlé de Dans la luge d'Arthur Schopenhauer qui, au départ, n'était pas une pièce, mais qui est devenu du théâtre chemin faisant. Elle m'en a parlé, et Frédéric Bélier-Garcia m'a proposé de jouer l'un de ces quatre personnages qui parlent de leur vie en la regardant par les petites choses qui la composent, les petits incidents, par les petites observations qui mènent à un regard profond sur l'humanité.

Qu'est-ce qui fait que vous vous sentiez aussi bien dans cette écriture ?
Je crois que c'est parce qu'elle possède un style fondamentalement théâtral. Tout ce que Yasmina Reza écrit c'est du combustible pour la scène. Les mots qu'elle emploie, les phrases qu'elle forme sont faits pour être brûlés sur le plateau. Et ça, c'est assez rare. Ensuite, ce qu'elle raconte, sa vision du monde à la fois mélancolique et très drôle me touche énormément.

Votre parcours de comédien est intimement lié à l'œuvre de Valère Novarina, auteur dont vous avez interprété plusieurs monologues. Avez-vous hésité avant de vous décider à monter seul sur scène ?
Non, pas vraiment. Mais pour autant, ce n'est pas l'envie de me trouver seul sur scène qui m'a décidé. C'est tout simplement le désir de jouer ces textes-là, qui se trouvent être des monologues (ndlr : Le Monologue d'Adramelech, Le Discours aux animaux, Pour Louis de Funès, L'Inquiétude). Je ne me suis donc pas posé la question de la solitude. Et, peu à peu, j'ai pris goût à la très grande liberté qu'offre cet exercice-là. J'avais plus l'impression d'être un chanteur qu'un acteur. Comme si ce que je faisais était plus de l'ordre de la musique que du théâtre. C'est vraiment très agréable d'être ainsi en prise directe avec les spectateurs, de posséder la maîtrise absolue du souffle, de la respiration de la soirée.

Pourquoi ne pas avoir choisi de vous confronter à l'œil extérieur d'un metteur en scène ?
J'ai travaillé tellement longtemps pour apprendre ces monologues de Novarina, qui sont des textes très difficiles à mémoriser, qu'une fois sur le plateau, l'énergie accumulée durant la période d'apprentissage m'a propulsé sur la scène et m'a fait sentir intuitivement les quelques mouvements simples qu'il y avait à mettre en place. En ce qui concerne l'interprétation, j'avais passé tellement de mois à déchiffrer et intégrer ces partitions que je savais exactement comment les jouer. Un peu comme un soliste qui, à un moment donné, a tellement répété qu'il sait parfaitement quelle couleur, quelle âme donner à sa musique.

Pensez-vous avoir une position d'ouverture particulière par rapport aux textes contemporains ?
Je dis parfois que je ne décide de rien, que les choses arrivent, qu'elles se disposent comme elles doivent se disposer. Il est vrai que je suis curieux de ce qui s'écrit, mais il n'y a jamais aucun volontarisme de ma part. Je crois que les rencontres se sont faites un peu par hasard, avec Valère Novarina comme avec Yasmina Reza. Il faut simplement savoir ouvrir l'œil au bon moment et ne pas passer à côté des opportunités qui se présentent.

Les œuvres de Yasmina Reza

Théâtre

*Conversations après un enterrement (1987)
*La Traversée de l'hiver (1990)
*Art (1994)
*L'Homme du hasard (1995)
*Trois versions de la vie (2000)
*Une pièce espagnole (2004).

Romans

*Hammerklavier (1997)
*Une désolation (1999)
*Adam Haberberg (2003)
*Dans la luge d'Arthur Schopenhauer (2005)
*Nulle part (2005).

Scénario

*Le Pique-nique de Lulu Kreutz (2000).
*"La réflexion de l'écrivain sur la vérité de la vie est une interrogation. Elle ne veut aller nulle part, elle ne veut rien démontrer, rien prouver, rien affirmer. C'est une vérité d'essence purement subjective qui rend compte de la pluralité des instances intérieures, sans juger, sans faire de hiérarchie contrairement à la philosophie, et qui inclut les atermoiements, les contradictions et la mauvaise foi."
Y. Reza
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 16/10/2006

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