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D.R.


Patrick Sommier
“La MC93 est indissociable d’une vision complètement ouverte sur le monde”
Patrick Sommier travaille à un théâtre qui ignore les frontières. Directeur de la MC93 depuis 2000, il fait se confronter, à Bobigny, la culture française à d'autres cultures, à d'autres langues, dans un souci permanent d'ouverture aux voix venues d'ailleurs.
Quel est le projet artistique qui, en 2000, vous a porté à la direction de la MC93 ?
Un projet très clair, puisqu'il'intitulait : Essentiellement sur le théâtre. Il donnait une part importante à la perpétuation de l'accueil d'artistes étrangers à Bobigny. Car la MC93 est indissociable d'une vision complètement ouverte sur le monde, et ce, depuis de nombreuses années. C'est l'identité profonde de cette maison avec, évidemment, les repères fondamentaux d'un lieu qui veut s'appeler théâtre : la production, la création et la fabrication de spectacles.

Les tensions qui secouent la banlieue pèsent-elles sur votre travail à Bobigny ?
De façon indirecte, forcément. On ne peut pas vivre entouré par toute la misère du monde et faire comme si cela n'existait pas. On est bien obligé de se demander comment, à sa petite échelle, soulager cette misère et donner un peu de dignité par le théâtre, par la musique, par la danse, à des gens qui sont peu enclins à venir dans un lieu comme la MC93. J'ai donc pris diverses initiatives - pas du tout pédagogiques - qui partent d'un principe tout bête : pour apprécier la culture des autres, il faut d'abord apprécier sa propre culture et en être fier.

Quelles sortes d'initiatives ?
Par exemple, lors de l'Année de l'Algérie en France, j'ai décidé de célébrer l'an kabyle, événement qui a eu un énorme succès. Je pense que les hommages rendus à des cultures qui, aujourd'hui, font partie de la culture française sont très importants. Ils permettent aux personnes de provenance étrangère de se sentir bien dans leur culture d'origine, et ainsi de pouvoir s'intéresser à la culture de leur pays d'accueil.

Pourtant, vous refusez la notion de théâtre de proximité...
Oui, car je ne veux certainement pas mettre en place une programmation "spéciale banlieue". Mon travail à Bobigny correspond avant tout à l'idée que je me fais du service public de théâtre, c'est-à-dire à la transmission du répertoire classique, la création de textes contemporains et la présentation d'œuvres musicales. Ceci sans public cible spécifique.

Comment avez-vous élaboré votre programmation pour la saison 2006-2007 ?
J'ai procédé à une forme de rééquilibrage, car je me suis aperçu qu'en 2005-2006 la partie transmission du répertoire n'avait pas été suffisante. J'ai donc programmé trois grands textes classiques, trois belles propositions que je suis très fier d'accueillir : La Dispute de Marivaux par Marc Paquien, Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare par Jean-Michel Rabeux, et puis trois petits bijoux de Tchekhov : La Demande en mariage, Le Tragédien malgré lui et L'Ours, par Patrick Pineau. Le festival "Le Standard idéal" sera lui aussi très marqué par le répertoire. Les classiques créent un lien privilégié avec le public. On ne peut pas s'imaginer à quel point les Français aiment ça. Je programme La Mouette en hongrois, sans décors, sans costumes, sans accessoires, sans lumières et c'est complet !

Parallèlement à ce rééquilibrage, quels sont les textes contemporains que vous avez souhaité faire découvrir ?
Un texte de Jean-René Lemoine, par exemple, en début de saison. Une œuvre d'une grande beauté, sur le deuil, sur l'exil, qui s'intitule Face à la mère. Et puis, à l'opposé, en juin, Les Folles d'enfer de La Salpêtrière, une pièce de Mâkhi Xenakis qui s'est plongée dans les archives de cet hôpital et raconte, sur plusieurs siècles, l'histoire de femmes internées pour cause de folie.

L'histoire semble l'un de vos axes de travail privilégié...
Oui, car le théâtre, depuis les Grecs, a toujours eu pour vocation de parler aux spectateurs de leur propre histoire. Aujourd'hui encore, malgré le tsunami d'informations auquel on est continuellement confronté, le théâtre peut rappeler des choses qui passent à la trappe des médias et qui, pourtant, sont passionnantes, car constitutives de ce que nous sommes, de notre passé commun. Ce qui est formidable avec l'art dramatique, c'est qu'il est lent. Le monde continue toujours d'avancer et le théâtre, lui, s'arrête, permettant ainsi de repenser l'histoire. Il prend le temps de s'emparer d'un sujet, de le retourner dans tous les sens, et tout à coup une pensée, une vision novatrice apparaît. Non seulement c'est beau, mais c'est quelque chose d'éminemment nécessaire.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 25/10/2006

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