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D.R.


"Rutabaga Swing"
“Parce que ça swing !”
Au Théâtre 13, une "comédie tragique avec chansons" de Didier Schwartz n'est pas sans rappeler "La Grande Vadrouille" ou "Monsieur Batignole".
Philippe Ogouz, metteur en scène

Voilà quatre ans qu'il relie son théâtre au thème de la Shoa, avec Une petite fille privilégiée et La Rafle du Vél' d'Hiv. Deux succès. Philippe Ogouz rencontre alors le scénariste Didier Schwartz : "J'avais envie d'un spectacle musical autour de l'idée de chanter sous l'Occupation. En pleine guerre, dans les années 42-43, les gens chantaient, s'amusaient. Didier était très intéressé par cette idée d'apposer des chansons de Trenet, Chevalier, d'André Claveau, ces vraies chansons du répertoire, à ce thème des lois scélérates, de la délation, de Pétain, des collabos..." Marchant à l'instinct, Philippe choisit sa distribution autour de Jacques Haurogné et Bruno Abraham-Kremer : "Une équipe. Et je pense que je n'ai pas raté mon coup."

Et swing les rutabagas ! Un sujet difficile, mélange de moments burlesques et tragiques : "C'est l'Occupation et, en même temps, on chante 'Mademoiselle Swing' ! On riait et c'était grave. Je ne juge pas, mais la chanson permet de garder le moral et je pense que les Résistants dans les pires moments chantaient quand ils préparaient leurs coups. Les Allemands aussi avaient leur répertoire, et la radio était importante... D'autant que les événements tragiques, personne ne les savait. Ce n'est qu'en 44 que l'on apprendra." Des souvenirs de cette époque, Philippe Ogouz n'en a pas de précis, sauf celui d'un père de retour de captivité et la douleur d'une famille détruite par la mort de beaucoup en camp de concentration, à Bergen-Belsen. Peu de souvenirs, ou beaucoup de pudeur.

Chanter sous l'Occupation

Pourtant Philippe chante : "Je trouve cela très fort de chanter sous l'Occupation. Que ce soit le rire ou les pleurs, ce qui compte c'est d'être ému. Mes précédents spectacles étaient des témoignages lourds et terribles, ici ce n'est pas le cas, ce n'est pas engagé." Pas une comédie musicale, encore moins un pot-pourri des chansons de l'époque ; c'est Rutabaga Swing : sept personnages qui chantent. "'Rutabaga', parce que l'on en mangeait durant la guerre, et c'est un mot marrant, et Swing, parce que ça swing !"

Bruno Abraham-Kremer

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran en
festival cet été, la tournée de L'Amérique en préparation, des tournages et des projets : Bruno Abraham-Kremer n'arrête jamais.

De scènes en tournages, de répétitions en projets, votre vie est riche et belle !
Tous les spectacles que je monte s'appuient sur ma vie, sur mes expériences d'homme et d'acteur. Ainsi, tout trouve sa place et se mélange. Ma femme est ma collaboratrice, des auteurs acceptent d'écrire pour moi : ce sont de grandes chances. J'adore que l'on me propose de beaux projets, mais j'ai toujours besoin de générer des aventures. Il y a un questionnement essentiel qui est à la croisée des chemins entre mon travail d'homme et mon travail d'acteur.
Vous voici au milieu d'une troupe, ce qui est plus inhabituel...
Cela me faisait plaisir de rejoindre un projet de bande, j'ai besoin de revenir régulièrement à de plus grandes distributions, alterner mes propres spectacles et me confronter à d'autres univers, d'autres pratiques. Ici, le fait de chanter ensemble accentue ce travail d'équipe. Je viens de jouer des spectacles très personnels sur ma vie et, donc, j'ai besoin de faire du théâtre aussi avec d'autres pour sortir de cette intimité, pour mieux y retourner... Rutabaga Swing est moins autobiographique, voire pas du tout ! Compte tenu de mon identité, le fait de parler de la France sous l'Occupation n'est pas anodin. Mais ce n'est pas mon histoire, c'est notre histoire collective.

Ce thème vous touche...
Ma famille a vécu cette époque en France cachée et sauvée, pour une partie, par des gens dans le Massif central. D'autres ont eu des destins tragiques. Je suis juif, et pour nous l'humour est probablement un élément de survie nécessaire. C'est une tradition. Il faut avoir cette capacité de rire et de sourire, sans nier la réalité du drame. Dans les pires circonstances, le rire est salutaire. Les moments tragiques sont balancés par des moments drôles. Le spectacle renvoie chacun à sa responsabilité. Qu'aurais-je fait à cette époque, de quel côté aurais-je été ? Une vraie question d'être humain et de citoyen. En musique.

Jacques Haurogné

Charles Trenet disait de lui qu'il était son meilleur interprète. Un compliment que Philippe Ogouz lui retourne en même temps que ce très beau rôle dans "Rutabaga Swing".

Vous chantez, vous jouez la comédie, vous êtes dans votre élément...
Rutabaga Swing, c'est d'abord une pièce de théâtre, et c'est ça qui m'enchante ! Une histoire tragique, qui surfe sur les instants de légèreté apportés par les chansons qui agissent comme des soupapes à l'inhumanité ambiante. En plus de chanter, j'assume la direction musicale de tout ce petit monde avec l'aide d'Ezequiel Spucches, le pianiste, un petit génie argentin de la musique classique.

Que dire de la chanson française à cette époque ?
Les faits se passent en 1943, donc nous n'interprétons que des airs composés entre 38 et 43. La même année, on composait Besame mucho, Maréchal, nous voilà ! et Lili Marlene ; c'est surprenant. Trenet écrivait et chantait des chansons tristes de façon gaie, le swing venait d'arriver en France, c'était une révolution, un rythme différent. La chanson est indispensable pour supporter la vie.

Vous avez connu la vie de troupe avec les grands spectacles d'Alfredo Arias. Cela doit vous paraître très différent ?
Avec Alfredo, tout va très vite, on est toujours dans la légèreté. Il imagine un artiste entrant dans son histoire, il en utilise le potentiel. Dans Rutabaga Swing, il y a des moments de tension extrême, des ruptures, des tristesses derrière la joie ; je suis heureux de retrouver ce travail de comédien en profondeur, que l'on me bouscule. Quand un chanteur commence une pièce par du texte au lieu d'une chanson, c'est une torture à chaque fois renouvelée.

Quels souvenirs avez-vous de cette partie de notre histoire ?
Ma grand-mère était barmaid dans les bars. Elle a vécu des choses terrifiantes, épouvantables pendant cette période tourmentée. Que ce spectacle se passe dans un café, alors qu'elle y a tant travaillé et qu'elle vit la fin de sa vie, est particulièrement émouvant.

François Feroleto

Qui interprétez-vous dans la pièce ?
Un officier de la Wehrmacht, l'armée régulière allemande, pas un SS. Il est antisémite comme la majorité des Allemands et la plupart des Français de cette époque. Mon personnage arrive comme le loup dans la bergerie, puis il va progressivement trouver sa place au milieu des Français. Il est le révélateur des sentiments de chacun vis-à-vis de l'occupant.

Aimez-vous ce personnage ?
Il me touche beaucoup parce qu'il incarne la jeunesse et les certitudes qui l'accompagnent. Au début de la pièce, il a une grande confiance dans l'avenir et les hommes, il est naïf et sentimental. Mais il me fait peur car il est la preuve que l'on peut inculquer ce qu'on veut à un enfant. C'est une âme pure éduquée aux jeunesses hitlériennes.

Aviez-vous déjà chanté dans vos précédents rôles ?
J'ai beaucoup de plaisir et un peu d'appréhension à chanter, ce sera une première pour moi. Ce que j'aime au théâtre, c'est la troupe, le travail d'équipe avec mes partenaires, c'est une notion qui existe très peu au cinéma et à la télévision. Et j'aime la troupe de Rutabaga.

Quels ont été les rôles marquants de votre carrière et quels sont vos projets ?
Mon rôle dans Qui a peur de Virginia Woolf, celui des Amitiés sincères l'an dernier et, surtout, les 500 représentations de À torts et à raison aux côtés de Michel Bouquet et Claude Brasseur sont les aventures qui m'ont le plus marqué. Depuis 2005, j'ai pris la suite de Bruno Wolkowitch dans la série PJ diffusée sur France 2. Nous commencerons le tournage de douze nouveaux épisodes très bientôt.
Dossier par François Varlin
Paru le 13/09/2006

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