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D.R.


Brigitte Buc et Isabelle Gélinas
Brigitte Buc installe, au théâtre des Mathurins, son "Jardin", dans une mise en scène de Jean Bouchaud, une pièce dont l'action se passe dans un square. L'auteur et la comédienne se sont prêtées au jeu des questions.
Brigitte Buc

C'est un jardin extraordinaire, un jardin d'hiver ou un petit jardin qui sent bon le métropolitain ?
C'est un jardin au cœur de la ville, un jardin en conserve. Les Parisiens aiment ces trous de verdure. C'est un endroit où l'on croise des gens de tous âges, de tout style. Ils se retrouvent. C'est un véritable repaire de gens solitaires qui viennent regarder vivre les autres.

Qui y avez-vous planté ?
J'y ai planté une vieille dame (Annik Alane). Elle est à la retraite, elle vient voir jouer les enfants. On comprend qu'elle a perdu un fils autrefois. Il y a une petite étudiante (Cécile Rebboah) en mal de sa province. Elle habite un endroit minuscule et subit un voisin fou et bruyant. Elle vient là pour respirer. Il y a Antoine (Marc Fayet). Il a quitté sa copine, changé de travail, perdu son père. Il redémarre sa vie dans un studio qu'il retape. Il vient là pour décompresser. Il y a Philippe (Guillaume de Tonquédec), père d'une famille modèle, avec femme parfaite, enfants parfaits. Une véritable famille "Ricoré" ! Il vient là pour sortir les petits. Il est le pendant à la solitude des autres. Puis, il y a Jeanne (Isabelle Gélinas), le pivot de l'histoire. Elle élève toute seule son fils, Simon, la terreur du bac à sable. Elle est pleine de regrets, de rancœur. Et tous ces gens au cours des quatre saisons vont se "fabriquer" une famille chaleureuse.

Voltaire disait "Il faut cultiver son jardin", c'est ce que vous avez fait ?
Le métier de mon père, c'était de dessiner des jardins et de les réaliser pour ses clients. Devenue mère, j'ai passé de longues heures dans les squares et j'ai beaucoup observé et écouté. Dans ma pièce, j'évoque combien il est difficile d'être vieux dans cette société, d'être seul dans la vie. Il est évident que l'on essaye tous de faire de notre mieux. Donc pour cultiver son jardin, on a besoin des autres. Il n'y a pas d'autre solution que d'aller vers les autres.

Isabelle Gélinas

Dans ce jardin, vous êtes une rose pleine d'épines ?
Jeanne est comme une rose qui ploie sur sa branche, un peu fatiguée. Elle a juste besoin d'un traitement spécial, d'un coup de main... Quand la pièce débute, au printemps, Jeanne est dans une mauvaise période de sa vie et son mal-être se ressent dans son agressivité et dans son humour caustique.

Ça se cultive comment une telle fleur ?
Avec un petit jardin secret. Puis, on y rajoute un bon terreau de parano qu'ont tous les comédiens, un peu d'acidité. Je me demande ce que moi, Isabelle, je peux apporter à Jeanne. Que vais-je pouvoir inventer pour la servir ? Au printemps, elle est agressive, surexcitée. En hiver, elle est en dépressurisation et calme. Elle a fait ses deuils. Elle devient grande. C'est amusant de jouer une névrosée, faut trouver une progression entre folie et fragilité.

C'est un jardin à l'anglaise ou à la française ?
C'est avant tout une pièce joliment faite. Chaque chose est posée à sa place. C'est formidable tous ces gens qui vont mal et vont se faire du bien. C'est une pièce drôle et piquante. C'est un jardin à l'anglaise parce qu'il y a cet esprit que l'on retrouve chez les Anglo-Saxons, même si c'est très français. Le Jardin parle de la vie.
Interview par Marie-Céline Nivière
Paru le 22/09/2006

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