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D.R.


Le point de vue de Catherine Lachens
La coquette rit !
Savamment décoiffée, une élégance ravageuse, de légendaires épaules habilement dénudées, Catherine Lachens est une femme éclatante. Tout en éclats de rire, elle s'éclate : "La vie doit être comme de grandes vacances !" Pourtant, Catherine n'est pas une flambeuse. Philosophe pour les choses de la vie, comédienne d'une intelligence pétillante, elle s'intéresse à tout, elle s'intéresse à vous. Ponctuant la vérification de ses réponses données en interview, d'un enchanteur "Est-ce que l'on peut envisager quelque chose de ce genre, cher ami ?", elle démarre au quart de tour. Charmante, brillante.
On vous voit au théâtre sur scène, mais aussi dans la salle, spectatrice assidue !
Je sors beaucoup au théâtre, j'apprends à y jouer la comédie ! Je vois ce qui est bien, ce qui aurait pu être fait différemment. Cela fait faire des progrès, bien qu'il y ait une différence entre le voir et le faire. Mais je pense que l'un va avec l'autre : le faire fait regarder et le voir fait faire.

Quelles sont vos préférences ?
Tout dépend. Quand vous entrez dans une sphère, que vous attrapez quelque chose qui fait que les gens regardent et s'y retrouvent, les batailles sont les mêmes quels que soient les genres de théâtres. Il y en aura toujours une multiplicité. Même au début du début, pour ce que l'on jouait dans les premiers siècles. Il y a le très grand Boulevard, comme les comédies que des gens d'exception jouaient d'une façon bouleversante de drôlerie. Je ne les ai pas connus. Mais en dehors de ces pièces inoubliables, très vite ce sont les gens que l'on va voir. La mère Maillan est partie, mais je pense à la mère Pacôme, à Sophie Desmarets, à ces femmes qui ont joué de tout. Et quand le mot est plus faible, si le génie s'en est mêlé, c'est quand même un ravissement.

Est-on dans un état d'esprit différent si l'on paie le prix de sa place ou si l'on est invité ?
Nous avons le luxe et le privilège d'être invités. Je ne pense pas qu'il y ait de différence avec un spectateur payant, a priori. Est ce que cela rend plus exigeant, plus rigoureux, plus aigu ? Non, il ne me semble pas. Il y a sûrement des gens qui disent "je n'ai pas payé, je m'en tape !", d'autres qui disent "j'ai payé, ça aurait pu être mieux" ou alors "c'est très bien" ou encore "je n'aurais pas dû".

Cette nature à s'intéresser aux autres, à les faire briller à côté de vous, c'est rare pour une comédienne...
Il me semble que sur scène aussi - et je l'espère - je fais de même, car c'est capital. Briller seule, ce n'est pas intéressant. Il faut briller ensemble ; il y a des gens qui brillent plus que d'autres, mais c'est important d'être avec. Si on passe près de ma loge sans me parler, je dis "Mais dis donc, tu ne m'embrasses pas aujourd'hui ?", si on entre dans ma loge pour me faire un baiser, je crie "Mais tu ne vois pas que je me concentre et que je suis énervée parce que j'ai le trac !". On fait tous ça ! On a besoin d'être aimé, d'être chéri, que l'on ne s'occupe que de nous.

Est-ce parce que vous êtes traqueuse ?
Je le suis au-delà de ce que l'on imagine ! Un exemple : il y a quelque temps, je jouais Le Malade imaginaire avec Marcel Maréchal. J'arrive toujours tôt au théâtre, comme une petite enfant très heureuse mais très traqueuse ; j'avais mis mon costume, je vais prendre un petit café à côté du théâtre - avec mon texte -,je regarde l'heure qui tourne, je quitte le café... Et tout à coup : moment de trou et de panique, je ne savais plus où était le théâtre. J'étais devant... J'ai demandé à un policier de me l'indiquer ! Le trac, oui, mais tout le monde l'a. Différemment.

Entrer en scène, c'est donc si délicat ?
C'est comme si on allait s'endormir, comme si on partait dans un ailleurs. On a des gestes pour s'y préparer : se laver les dents, se défaire les cheveux. On va au Pays des merveilles, dans un autre monde. On part quelque part ! Comme des enfants qui partent pour un pays imaginé, imaginaire, de rêve, on s'y prépare avec les petits gris-gris, les petits gnon-gnons que les enfants ont avec eux. Toute une organisation.

Un spectateur ne connaît pas ça ?
Si. Je suis spectatrice, ô combien. Il y a un moment, où malgré le métier qui est le nôtre, on peut tout lâcher et regarder. On délaisse les armes, les bagages, on
devient spectateur. C'est extraordinaire, c'est une fête d'aller au théâtre.

Vous faites aussi de la sculpture. Un lien avec le spectacle, au moins dans les thèmes ?
Non, ce n'est pas du tout lié au théâtre. Je travaille sur modèles homme ou femme nus. Je n'aime pas sculpter les vêtements ! C'est tellement plus intéressant, agréable de travailler sur le nu. Ne rougissez pas !

Vous avez connu Dali, quel souvenir vous a t-il laissé ?
À l'hôtel Meurice, il voulait que je lui lise certaines de ses œuvres à haute voix. C'était une bonne idée. Il avait du génie. J'étais au conservatoire, je lui ai plu. J'ai rencontré Gala et Amanda Lear, qui était déjà son égérie à cette époque. Il faisait venir dans sa suite de l'hôtel un petit carrosse pour nains et lilliputiens qui faisait partie des accessoires d'un spectacle à la Gaîté Lyrique, Turandot, et il faisait entrer les nains par une porte et sortir par l'autre. Gala s'amusait à toucher leur bosse en disant avec son accent : "Regardez Catherine, il faut toucher, cela porte bonheur !" Ce sont des moments, des souvenirs.

Avez-vous quelques beaux souvenirs de théâtre, ces dernières saisons ?
J'ai adoré Dis à ma fille que je pars en voyage de Denise Chalem avec Christine Murillo, Je viens d'un pays de neige, avec Myriam Boyer. J'ai applaudi Nicole Croisille au théâtre de Dix-Heures. Des femmes, mais aussi des hommes ! Alfredo Arias, dans Les Bonnes de Genet, époustouflant jouant le rôle de Madame. J'adore Didier Sandre, et aussi James Thiérrée que Christiane Cohendy m'avait recommandé d'aller voir dans La Symphonie du hanneton.

Cet humour qui vous caractérise...
C'est sûrement dans mon être. Tant mieux si j'ai l'image d'une femme drôle. Joie de vivre ! Plaisir, désir, envie.

Catherine Lachens en quelques dates

2004 : quatre fictions pour TF1.
2001-2003 : émissions pour Match TV.
2001 : Les Morsures de l'aube d'Antoine de Caunes (cinéma).
1995 : Gazon maudit de Josiane Balasko (cinéma).
1992 : Le Prix Martin
de Labiche (Comédie de Saint-Étienne).
1991 : Le Balcon de Jean Genet (Théâtre national de l'Odéon).
1986 : Rosa la rose, fille publique de Paul Vecchiali (cinéma) ; La Puce à l'oreille
de Feydeau (Théâtre national de La Criée).
1984 : Un amour de Swann de Volker Schlöndorff (cinéma).
1983 : Le Prix du danger d'Yves Boisset (cinéma) ; Dylan Thomas de Sydney Michael (théâtre du Rond Point).
1979 : Bête mais discipliné de Claude Zidi (cinéma) ;
Flic ou Voyou de Georges Lautner (cinéma).
1977 : Mort d'un pourri de Georges Lautner (cinéma).
1975 : Le Château de Kafka (Avignon).
1972 : La Grande Muraille de Max Frisch (Théâtre
national de l'Odéon).
1972 : Conservatoire national supérieur d'Art dramatique de Paris ; quatre premiers prix.
Portrait par François Varlin
Paru le 08/11/2006

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