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©Hélène Blensa


Sophie Forte
“Sur le fil”, à la Comédie-Bastille
Trublion de l'équipe de Ruquier à l'époque de France Inter, comédienne, musicienne, Sophie Forte se lance désormais dans la comédie dramatique. Elle y raconte l'histoire de deux personnages qui vont apprendre à se connaître sans se voir, au travers de conversations téléphoniques. La voix va transcender leurs différences.
Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de la pièce ?
Ça m'est arrivé avec quelqu'un que je connaissais mais que je voyais très peu. Ce qui m'avait séduite c'était la liberté de se dévoiler beaucoup plus facilement que face à quelqu'un à qui je n'osais pas forcément dire les choses. Au téléphone, ce qui était merveilleux, c'était qu'il y avait une part de rêve énorme, de fantasme, et aussi de pudeur. On se disait des choses qu'on n'avait jamais dites à personne.

Pourquoi en être restée à ce type de relation ?
C'était une histoire téléphonique, c'est tout. C'était quelqu'un qui était très mal à l'aise, timide dans la vie ce qui était aussi mon cas. Mais au téléphone, on avait des tas de choses à se dire.

Ça n'était pas frustrant de demeurer derrière un combiné ?
Si, mais c'était une histoire à part, une sorte de parenthèse. C'était très plaisant comme ça. Ça se passait le soir. Notamment quand je rentrais du théâtre. Je passais d'un environnement très dynamique où tout le monde vous aime, pour finalement me retrouver seule chez moi. Ces coups de fil étaient rassurants parce que je savais que je pouvais l'appeler dans la nuit, justement au moment où j'avais le plus besoin de parler.

Il y a beaucoup de vous dans votre personnage.
Effectivement.

Pourquoi avez-vous écrit le rôle de votre interlocuteur pour une personne handicapée ?
L'homme au bout du fil est d'abord handicapé de la vie : il a peur et ça a ruiné sa vie. Le handicap n'était pas forcément physique au départ, ça l'est devenu par la suite pour plus de théâtralité, pour que ce soit plus clair. Son handicap le mine à tel point qu'il reste cloué chez lui. Ce n'est évidemment pas une généralité mais c'était une raison de plus pour l'enfermement.

Quel est son handicap ?
Il est en fauteuil. On ne sait pas vraiment ce qu'il lui est arrivé dans la vie et elle ne sait pas qu'il est handicapé.

Quel regard portez-vous sur les nouvelles manières de communiquer entre les gens, en particulier les rencontres par Internet ?
J'ai un regard très tendre là-dessus. Tous les moyens sont bons pour rencontrer les gens. Il faut se rencontrer. La solitude est quelque chose qui m'a fait très peur et qui m'a rendue très malheureuse. Et pourtant j'étais très entourée. Je ne dis pas qu'il faut faire n'importe quoi pour rencontrer du monde, mais je trouve très sympathique que des gens fassent des tas de choses pour rencontrer d'autres personnes. Ça marche ou pas, dans le tas il y a pas mal de tordus... mais peu importe. Il y a beaucoup plus de tentatives qu'avant pour se rencontrer et il ne faut pas en avoir honte. La solitude n'a rien à voir avec l'intellect ou le physique. On s'en fout de la façon dont on se rencontre, l'important c'est de se rencontrer.

3 questions à Anne Bourgeois,
metteur en scène

Qu'est-ce qui vous a plu dans cette histoire ?
J'ai été très touchée par les personnages qui sont vraiment ancrés dans la réalité. Ils ressemblent aux personnages de la vraie vie. Ils sont charmants, pleins de contradictions et ils cachent beaucoup de pudeur.

Comment met-on en scène une histoire où deux personnages se parlent sans jamais se voir ?
C'est ce qui me plaît le plus dans la pièce. Il y a deux niveaux de lecture. D'une part, le public va voir cette conversation "aveugle", mais en plus il va voir les réactions sur les visages des personnages. De cette manière, on touche à l'intime et au secret. Pour ce qui est de la mise en scène, nous sommes encore en recherche. Le plateau sera partagé en deux, mais pas de manière réelle. Les comédiens seront séparés par une frontière "sacrée" qu'ils ne devront jamais franchir. Ce sera une métaphore des limites que nous nous imposons dans la vie mais qui, finalement, sont d'abord dans nos têtes.

Était-ce une évidence de choisir un comédien réellement handicapé pour le rôle du personnage en fauteuil ?
Oui. J'avais déjà travaillé avec ce comédien, je l'avais déjà mis en scène. Je voulais plus qu'un simple acteur assis dans un fauteuil, je voulais quelqu'un qui sache ce que c'est que vivre de cette manière.
Interview par Frédéric Maurice
Paru le 18/09/2006

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