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D.R.


Le point de vue de Pierre Bouteiller
Ondes de choc
Il fait de la radio, comme d'autres boivent du petit-lait. Avec gourmandise et facilité. L'homme d'antenne qu'est Pierre Bouteiller livre ici son point de vue, comme il le fait longuement dans son dernier ouvrage "Radioactif" (Robert Laffont).
Radioactif, voici un titre bien choisi pour votre biographie...
C'est un jeu de mots, car j'ai fait une grande partie de ma carrière à la radio, à la télé aussi... J'aurais pu appeler cela Silence radio, j'ai failli prendre un titre un peu proustien Longtemps je me suis levé de bonheur, car durant des décennies, je me suis levé à 5 h 30.

Vous publiez votre autobiographie, avant qu'on ne le fasse à votre place ?
Tant qu'à faire, je n'étais pas le plus mal placé pour parler de moi. Paradoxalement, j'en dis moins car j'ai fait cela dans un but professionnel, sans vouloir faire du people ou de l'intime. Mon éditeur m'a demandé un chapitre sur mon enfance, et il a trait à la radio : j'ai commencé par regarder la radio ! À force de se réunir en famille autour de l'objet, on finissait par le regarder. Puis je l'ai écoutée, entendue, et j'ai fini par en faire. J'ai été conditionné par la radio, je suis venu à la radio par la musique et à la musique par la radio.

Au regard de ces années d'antenne, quelle évolution voyez-vous dans la manière d'y traiter l'information culturelle, et particulièrement le théâtre ?
Je me suis toujours intéressé au théâtre, je l'ai beaucoup privilégié ; nous invitions beaucoup de comédiens, nous enregistrions des extraits. C'était mon action en tant qu'homme d'antenne : je sortais au théâtre tous les soirs. En tant que directeur de France Inter, j'ai toujours beaucoup multiplié les partenariats. Le logo de France Inter était même devenu plus gros que le titre de la pièce jouée à Chaillot... J'étais assez fier de moi ! C'est là que la radio du service public doit se différencier de l'offre privée : sur la culture en général et sur le théâtre en particulier.

Que manque-t-il à une véritable politique culturelle sur les chaînes du service public ?
Le service public continue d'être un bon partenaire, mais s'il y avait autant de soutien pour le théâtre qu'il y en a pour le cinéma et la télévision, cela irait mieux. La radio ne suffit pas, ni même la presse écrite. Il faut que la télé fasse plus. Trop souvent, on s'en tient au cahier des charges de tant de retransmissions par an de la Comédie-Française, on diffuse cela l'été, et les captations ne sont pas trop bonnes... Je pense qu'il faut recréer, retourner les spectacles en plateau, mais cela coûte cher... Puisque l'on va vers le thématisme le plus poussé, il faudrait faire une chaîne de théâtre. Il y a un effet pervers des chaînes comme France 5 et Arte, car les chaînes généralistes font encore moins de culture...
En 1995, lorsque je me suis présenté à la présidence de Radio France, je pensais qu'il fallait faire une chaîne de grands textes lus par des acteurs, notamment pour les malvoyants. Ça, cela aurait été du service public. J'ai produit pendant près de huit ans Le Masque et la Plume, sur France Inter, une émission sans aucune connivence, à telle enseigne que j'ai toujours laissé beaucoup de liberté à Jérôme Garcin pour descendre en flammes les pièces dont nous étions partenaires. La liberté est dans le service public, le partenariat n'influe pas sur le contenu rédactionnel et c'est formidable. La critique en toute liberté, c'est le service public.

Vous qui connaissez bien les auditeurs, quelles sont les attentes du public ?
Les gens sont toujours un peu en schizophrénie, car lorsqu'ils sont interrogés pour un sondage, ils prennent la pose et disent qu'ils aiment les pièces intellectuelles, qu'ils écoutent France Culture, et bizarrement lorsque l'on regarde les bilans d'audience en médiamétrie, il n'y en a que pour TF1 et RTL...

Vous-même, quel spectateur êtes-vous ?
Je n'ai aucun sectarisme, j'aime le théâtre de divertissement. Je vais tout voir, mais le temps me manque ; avant c'était une obligation, j'y allais un peu comme au bureau. Quand on a vu tellement de pièces, on n'a plus de surprises mais des plaisirs et des déceptions. Je suis un peu vieux jeu, je pense que le théâtre c'est aussi du texte. Je serais content que, lorsque l'on parle de Corneille, on sache que c'est un auteur dramatique et pas seulement un chanteur !

La grande époque du théâtre est-elle révolue ?
J'ai vu le TNP, j'ai connu Vilar et j'ai vu deux fois Gérard Philipe - un souvenir formidable pour un collégien. On peut dire que le TNP, c'était la grande époque, la grande mythologie du théâtre populaire, l'accession du plus grand nombre au théâtre de qualité. On peut regretter ce temps-là, mais j'ai vu ensuite de grands moments à Avignon. L'offre était moindre, maintenant elle s'est développée. Il y a eu des évolutions sur les questions techniques du son, des lumières, sur la scénographie, la manière de mettre en scène. Je ne veux pas tomber dans le "c'était mieux avant". Ce n'est pas, non plus, mieux maintenant...
Dossier par François Varlin
Paru le 07/09/2006

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