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D.R.


Le rendez-vous de Marie-Céline avec Ginette Garcin
Jamais là où on l'attend, Ginette Garcin revient avec son "Clan des veuves"aux Bouffes-Parisiens et s'apprête à sortir un disque de chansons "coquines". Rencontre avec une artiste chaleureuse, qui ne mâche pas ses mots, et au parcours d'une grande variété.
Habitant juste à un pâté de maisons, nous nous croisons souvent dans la rue, devisant en bonnes voisines, de l'air du temps et de la santé du théâtre. Le rendez-vous a lieu dans son appartement lumineux, où le bric et le broc s'accommodent, reflétant ses souvenirs et ses nombreux centres d'intérêt. Pétillante, aérienne, l'éclat de rire toujours prêt à fuser, Ginette Garcin étonne par son éternelle jeunesse et son dynamisme. "La vieillesse, c'est dans la tête", aime-t-elle rappeler. Elle avoue avec fierté qu'elle aura "78 ans en janvier prochain". Sachant qu'elle a débuté juste après la Seconde Guerre mondiale, cela fait un sacré paquet d'années de carrière. Une longévité qu'elle doit au plaisir de son métier et de la vie. "Je n'ai jamais couché utile mais toujours pour le plaisir", plaisante-t-elle.

"Moi j'aime le music-hall !"

Elle a surtout été à bonne école, celle du music-hall. Un genre où il fallait savoir tout faire. "Je n'ai jamais mis les pieds dans un cours de théâtre. Mais j'ai onze ans de danse classique dans les jambes", tout comme les claquettes, "je fais aussi du trapèze et même du parapente. C'est la seule chose qui ne m'ait jamais servi sur scène". Elle chante, danse, joue la comédie, passant de l'un à l'autre sans problème, ou liant les trois. Ce qui déroute beaucoup une profession qui aujourd'hui aime bien mettre des étiquettes. Elle rappelle avec amusement son passage aux Molière. "Une cérémonie où je n'avais jamais été invitée, tu te rends compte !" Metteur en scène de la cérémonie, Alfredo Arias dit : "La première que je veux, c'est la Garcin." Elle effectua un numéro de claquettes prodigieux qui enchanta tout le monde. "Du coup, la profession me (re)découvrait." Ce fut la même chose, après ses prestations dans
Le Passe-Muraille et Mistinguett au sujet de laquelle un critique écrivit : "Ginette Garcin une nouvelle découverte." Elle évoque ses débuts à l'Alcazar de Marseille, où elle connut Montand débutant, Fernand Sardou... "Car je suis de Marseille !" Je m'étonne de son manque d'accent. Elle rie, "normal je suis bilingue !". Ensuite, elle fut engagée dans le grand orchestre de Jacques Hélian. Pour cette enfant de la guerre, les années 50 furent vécues comme une grande période d'amusement et de créativité. "On ne se prenait pas la tête, comme maintenant !" Sa priorité étant la famille, elle déclina toutes les propositions d'aller travailler aux États-Unis, en Angleterre. Car, pour rien au monde, elle ne se serait éloignée de l'homme de sa vie, le journaliste et romancier Robert Beauvais.

Un cœur gros
Dès qu'elle évoque son mari, une brume passe sur ses yeux et un tendre sourire illumine son visage. "Grâce à Dieu, j'ai eu une vie formidable avec lui. T'imagine, vingt-sept ans sans une engueulade !" L'image même du couple parfait, qui a de quoi faire rêver. "Beauvais aimait dire : 'Garcin mon amour, tu es l'être le plus intelligent que je connaisse !'" Toujours à l'affût, Garcin fut l'une des premières à chanter les textes de Jean Yanne et, surtout, de Boby Lapointe. "C'est Jacqueline François qui m'a conseillé d'aller écouter chez Victor, un gars complètement génial dont les chansons étaient pour moi." Elle rappelle combien l'univers de Lapointe déroutait alors. Ginette Garcin ne fait pas partie de ceux qui "vole la vedette". Elle est au service des autres et c'est dans cet esprit qu'elle a écrit sa pièce de théâtre, Le Clan des veuves.

La belle aventure
C'est pour sa vieille amie, Jackie Sardou, un personnage haut en couleur qu'elle a imaginé cette pièce qui mettrait son talent en valeur. Le premier à émettre l'idée fut Beauvais. "Il faut écrire quelque chose pour Jackie." Une idée cela germe souvent doucement avant de prendre forme. "Le déclic s'est fait à l'Hôpital américain où Jackie se faisait soigner. Elle ronchonnait comme d'habitude, Michel la sermonnait et j'ai détendu l'atmosphère. Michel a alors dit : 'Faut vous écrire quelque chose à vous deux'." Ginette s'attelle à la tâche. "Quand tu écris pour quelqu'un c'est plus facile ! J'entendais Jackie, je m'entendais." Alors en tournée avec Maria Pacôme, elle lui donne à lire les premiers jets. "Si tu continues comme ça, tu tiens un succès !" Elle ne s'était pas trompée, la pièce fut jouée quatre ans au théâtre Fontaine. Ce fut un très gros succès public. "Les gens riaient du début à la fin." L'aventure s'arrêta en 1994. Après la disparition de Jackie Sardou, il semblait difficile, malgré les demandes, de reprendre la pièce. Douze ans plus tard, par un coup de hasard, l'aventure repart. L'histoire amuse beaucoup Garcin. Stéphane Foulogne, organisateur de tournée, la contacte pour un rôle dans une pièce de Luq Hamett. Garcin décline l'offre. "En réalité, je n'ai plus envie de faire du théâtre. Sauf avec Chéreau, lui, il prend les gens pour ce qu'ils sont !" En revanche, elle lance comme ça qu'elle reprendrait bien Le Clan. Quelques jours plus tard, Stéphane Foulogne la rappelle, puis passe chez elle. "C'était un dimanche, en fin d'après-midi. Il est resté jusqu'au soir, on a improvisé un dîner autour d'un bouquet de crevettes. Et c'était reparti." L'aventure redémarre en 2005 à Évian. "Deux dates où l'on a refusé du monde. C'était du délire. Depuis, on fait salle comble partout. Tu sais, je suis très populaire, 'Famille d'accueil' y est pour beaucoup."

Une "Ré-création"
Ce n'est pas une reprise. Avec sa nièce, Marie Garcin, elle a apporté quelques retouches au texte. "Si les veuves sont toujours là, la société a changé. Nous devions faire quelques modifications." Il fallait adapter le rôle de Jackie Sardou, à la personnalité de Louison Roblin. Pour la troisième veuve, le choix fut vite fait. "Gladys Cohen est une comédienne étonnante. C'est elle qui fait la mère de Garcia dans 'La vérité si je mens 2'."" Marie Garcin change de rôle et devient la maîtresse. Celui de la jeune fille qu'elle tenait à la création revient à Aurore Saint-Martin, la fille du jockey. Perrine Demartres et Frédéric Santos complètent cette équipe qui, aux dires de Ginette Garcin, est "plus que formidable. On s'entend tellement bien !". Quant à la mise en scène, elle est assurée cette fois-ci par Édouard Prétet, "un joyeux drille". À l'origine, la pièce ne devait que tourner en Province. "Je n'ai rien à prouver à Paris !" Mais après avoir assisté à une représentation des Amazones aux Bouffes-Parisiens, elle lance comme une boutade à son ami Jean-Claude Brialy : "Pourquoi tu ne prendrais pas Le Clan chez toi ?" La réponse fut : "Et pourquoi pas !" Le spectacle démarre le 5 mai et s'installe pour toute la saison d'été. "Ça frémit déjà pas mal au niveau des résa ! Tu te rends compte !" L'interview se faisant fin mars, on peut comprendre sa joie. "Tu sais, les gens ont envie de rire ! Et si je leur offre ce plaisir, je suis comblée." C'est sur cette note optimiste que nous nous quittons.
Marie-Céline Nivière
Paru le 26/06/2006

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