Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Ch. Dumont


“Les Hauts Plateaux”
Télé-Vanité
De l'ombre à la lumière : en quelques semaines, Norbert Bulot va passer du statut d'obscur prof de français-latin à celui de chouchou des médias. La providence lui a offert de publier son premier roman : une critique féroce de notre société médiatique. Une société médiatique qui va s'enticher de cet anonyme pour en faire l'une de ses créatures.
Patrick Tudoret, l'auteur :
La Fontaine avait son corbeau, Molière son Monsieur Jourdain : Patrick Tudoret a son Norbert Bulot. Dans sa pièce, il a voulu en faire la victime expiatoire de "l'egolâtrie ambiante" et de la "régression narcissique" qui caractérisent notre époque. À la question "n'est-ce pas facile de désigner systématiquement les médias comme responsables de tous les maux ?", Patrick Tudoret relativise en estimant que tout cela n'est pas si grave et que nous sommes tous acteurs de cette vaste comédie sociale. D'ailleurs, nous y avons tous notre part de responsabilité, comme dans la pièce. Nous sommes tous les prisonniers du système médiatique, mais sans doute victimes d'un syndrome de Stockholm, éprouvons-nous de la compassion à son égard. Norbert Bulot va donc tomber dans les bras de la télé qu'il dénonçait jusqu'à s'y perdre, poussé par sa vanité. Car selon l'auteur "si l'orgueil rempli, la vanité vide : la vanité c'est le laxatif de l'âme !"

Jean-Paul Bazziconi,
le metteur en scène
C'est la première fois qu'il met en scène une création. Jean-Paul Bazziconi a voulu appliquer des références télévisuelles à cette satire médiatique. Ainsi les scènes sont-elles montées comme des séquences télé. D'où une sorte de zapping où l'on ne fait que passer, rythmé par les lumières et les images diffusées sur des écrans plasma. Tout y évoque l'ambiance des grands talk-shows français. Estimant son potentiel d'acteur non exploité et séduit par son côté dangereux, c'est vers Cris Campion que son choix s'est arrêté pour incarner la vanité.

Christophe Bourseiller :
Norbert Bulot, l'écrivain
Comme lui c'est un écrivain, comme lui il a fait de la télé, comme lui il a connu les "hauts plateaux" des studios d'enregistrement. Il y a du Norbert Bulot dans Christophe Bourseiller. D'ailleurs, il le confesse : "Ce n'est pas du tout un rôle de composition." Mais Bulot c'est d'abord un pauvre petit prof minable, vieux garçon, célibataire, sans enfants. Il a du talent, il a de la culture, mais sa vie ne sera qu'une tragédie. Fasciné par les lumières de Paris, il se laissera séduire par la télé. Elle va s'amuser de ses bons mots, porter aux nues un Norbert Bulot "bon client" plein de fraîcheur. Mais tel Saturne dévorant ses propres enfants, elle ne fera qu'une bouchée d'un écrivain devenu bouffon. Christophe Bourseiller aurait pu lui apprendre sa philosophie des médias : il faut s'en servir comme d'un métro : c'est un service public, on ne l'utilise que quand on en a besoin.

Cris Campion :
la vanité
Belle introspection pour ce comédien qui a été propulsé comme une fusée parmi les étoiles du cinéma avec Pirates de Roman Polanski, avant de connaître un lent retour aux réalités. Il incarne ici la vanité de Bulot. D'ailleurs lequel des deux fait gonfler l'autre ? Bulot fait-il gonfler sa vanité en gagnant en assurance ? Ou alors la Vanité pousse-t-elle Bulot toujours plus loin ? Un peu des deux mon général ! La vanité aime ce qui brille et elle veut voir Bulot briller, devenir Dieu. Vêtue de noir, elle lui tourne autour en lui soufflant ce qu'il faut faire, mais sans jamais le toucher : sorte de métaphore de son irresponsabilité. Cela pourrait-il être ça, la vanité ? Une entité qui vous parle ? "Oui", répond Cris Campion. "Parfois quand on est seul dans sa tour d'ivoire, coupé des autres par la notoriété, on entend des voix."

Serena Reinaldi :
Aglaë, la stagiaire
Si Cris Campion est la mauvaise conscience de Norbert Bulot, Aglaë en est le pendant angélique. Cette stagiaire pleine d'innocence, passionnée de littérature, tombe sous le charme de l'écrivain, d'abord, puis de l'homme. Tout au long de la pièce, elle connaîtra une évolution inverse à celle de Bulot : elle grandira, mûrira, alors que lui sombrera. Le rôle d'Aglaë est une vraie opportunité pour Serena qui sort ainsi des emplois comiques un peu fofolles hérités de sa prestation dans le jeu de télé-réalité Nice People.

Séverine Vincent :
Anne Françoise, l'éditrice
C'est elle qui découvre Norbert Bulot. Séverine Vincent s'est librement inspirée de Françoise Verny pour travailler son personnage. Elle l'a ressentie comme une femme seule, mal fagotée mais très érudite. Devant assumer un lourd passé familial, elle compense son mal de vivre dans un alcoolisme mondain inondé de champagne. Maladroite, autoritaire, elle ne manque cependant pas d'humour. Même si elle reste une femme d'affaires chargée de faire tourner sa maison d'édition, son côté "rive gauche" lui permet d'apprécier le livre de Bulot à sa juste valeur. Le personnage en revanche lui inspire progressivement du mépris.

Julie Marbœuf :
Marie Astrid, la journaliste
Elle réalise la première interview de Bulot pour le compte d'un grand magazine féminin. Condensé de tous les travers de la presse féminine, Julie Marbœuf
a imaginé cette journaliste comme une femme qui s'ennuie. Mariée à un cadre supérieur, elle aime bien l'argent. C'est d'ailleurs la perspective de voir Bulot en lauréat de prix littéraire qui la fait probablement fantasmer. Cette journaliste, comme les autres personnages de la pièce, est à la fois actrice et spectatrice de cette comédie de la vanité. Consciente de vivre une "époque à la con", elle s'y adapte, un peu
désabusée, se perdant dans des fêtes où s'accumulent tous les ego.

Marcelline Collard :
l'attachée de presse
Cheville ouvrière du triptyque médiatique formé de l'éditrice et de la journaliste, l'attachée de presse est là pour vendre du Bulot. D'ailleurs elle en fait trop. Marcelline Collard l'envisage comme une pauvre fille au quotidien vide et qui vit probablement sa vie par procuration. Elle se réveille Bulot, elle mange Bulot, elle se couche Bulot. Gare à l'indigestion. Mais l'attachée de presse est d'abord une commerciale qui fait peu de cas de la fragilité de l'artiste. L'univers média n'est qu'un immense Rungis et le "Norbert Bulot" s'y vend à la criée.
Frédéric Maurice
Paru le 09/05/2006

-
Haut