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D.R.


“Conversations après un enterrement”
de Yasmina Reza
C'est la première pièce de Yasmina Reza. Vingt ans après sa création, Gabriel Garran la met en scène au Théâtre Antoine. Un désir de toujours pour cet homme de théâtre, fondateur du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers et du Théâtre international de la langue française (Tilf), et un bonheur qu'il partage.
Incontestablement, Gabriel Garran éprouve pour les textes qu'il monte une passion. Ainsi que pour leurs auteurs. Conversations après un enterrement est le onzième texte signé d'une femme qu'il monte, après Duras, Denise Chalem, Nancy Houston, Marie
Laberge... "J'aime les auteurs féminins", dit-il. On aurait
envie d'ajouter qu'il aime les auteurs tout court. Cet homme délicat, lettré, fin, avance les mots de ses réponses comme les éléments d'un jeu de construction, les dispose avec intelligence, clarté et génie.

Un théâtre des passions humaines

Ce qu'il aime chez Yasmina Reza, c'est ce théâtre des dramaturgies familiales, cette manière de traiter à la loupe le cercle familial pour nous renvoyer à l'état du monde. On y croise des personnages décalés, exclus, hors cadre : "C'est un théâtre des passions humaines. Que ce soit une œuvre romanesque ou dramatique, elle sait toujours écrire autour de l'état de crise, le poussant au paroxysme, slalomant à travers lui."
Gabriel Garran célèbre en Yasmina un regard aigu, un ton, une singularité, un style lascif, lacunaire, une plume qui écrit au plus proche des personnages. Après avoir porté à la scène bien des auteurs étrangers, il est heureux de revenir aux auteurs de l'Hexagone avec elle.

Une pièce violente
et vivante

"Yasmina Reza possède un goût inné pour la musique. Elle écrit comme une mise en partition : cette pièce est son opus nº 1. Dans le titre Conversations après un
enterrement, il y a deux connotations importantes 'conversations' et 'enterrement'... mais c'est le mot 'après' qui m'intéresse. Il faut partir de cette donnée
universelle qu'est l'enterrement pour libérer l'appétit de vivre, sinon celui de la libido." Gabriel Garran majore Eros et Thanatos. Rien de triste, la tombe se transforme en lieu de vie, la mémoire engendre un retour à la vie, ces fameux "Tu te souviens..." qui sont une façon de faire le deuil en appelant à la vie. Des changements de société sur la vie et sur la mort que Yasmina Reza pressent dans sa pièce.

Une pièce où la troupe est en vedette, un personnage collectif interprété à travers six comédiens qui, tour à tour, jouent le rôle principal. Gabriel Garran a travaillé avec un grand nombre d'entre eux, redistribue certains qui avaient joué la pièce à la création dans d'autres rôles, leur adjoint de nouveaux comédiens et conclut : "J'ai voulu constituer une Famille Yasmina Reza. J'y ai le rôle du père."

Daniel Darès,

directeur du Théâtre Antoine :
"Suivre les auteurs"

Vous semblez particulièrement lié à Yasmina Reza...
Les directeurs de théâtre sont supposés s'intéresser à leurs auteurs. À l'instar de Simone Berriau, qui a longtemps dirigé ce théâtre, et qui était attentive à toute l'œuvre de Jean-Paul Sartre, il me paraît normal d'être attentif à l'œuvre de Yasmina Reza que nous avons toujours défendue avec ma femme, Héléna Bossis. Dès 1986, Gabriel Garran et moi-même, découvrions en Yasmina, jeune comédienne, l'auteur qu'elle serait ; il y a trois ans nous montions au Théâtre Antoine sa pièce Trois versions de la vie, il est intéressant de l'accueillir de nouveau avec ces Conversations après un enterrement, la pièce qui a été la source de tous les grands thèmes chers à son théâtre.

Pourquoi ne pas l'avoir montée dès 1986, à sa création ?
Une programmation de théâtre est toujours faite d'émotions, de doutes, d'envies. Cette pièce a été jouée, elle a déjà vécue et c'est maintenant qu'elle vient frapper à notre porte. Les auteurs ne naissent pas seuls. C'est parce que l'on prend le risque de les monter qu'ils vivent. Je suis heureux, avec Héléna Bossis, de retrouver en Yasmina Reza un auteur que nous suivons depuis vingt ans. Un directeur de théâtre a de la mémoire : il a un fil qu'il poursuit, qu'il tire...


Bernard Verley,

Retrouver l'inspiration
de l'auteur et respecter son texte

Comédien, Bernard Verley aborde son rôle avec un grand soin du texte, qui dit tout de son respect de l'auteur.

Qu'attendez-vous d'un metteur en scène ?
Il doit servir la pièce, la mettre en lumière et servir les acteurs, les tenir, avoir la science de l'espace, de la dramaturgie, savoir où il va. C'est la troisième fois que je travaille avec Gabriel Garran, un homme très réfléchi, précis, méticuleux, directif et en même temps très humain. Un vrai méthodiste de la mise en scène et de la direction d'acteurs tout en étant très ouvert aux propositions des uns et des autres, sans cesse prêt à réorganiser son travail.

Comment préparez-vous votre rôle avant les répétitions ?
Je mastique mon texte dans tous les sens de façon à pouvoir le digérer. Pour trouver un ton juste, il faut dire une réplique près de 450 fois ! Elle trouve alors sa respiration, l'inspiration de l'auteur, qui permet de respecter le texte.

Justement, en quoi ce texte vous séduit-il ?
C'est une pièce construite comme les pièces russes, proche de l'univers de Tchekhov. Un fait divers raconté de manière très poétique qui, en cela, rejoint les textes des grands auteurs. Yasmina Reza montre dans cette pièce ce que l'on a tous en nous après un enterrement, une espèce de mélancolie joyeuse. Avec la mort, on fête de plus en plus la vie, une vie qui se termine. On en tire une addition qui n'est pas négative, le bilan de nos propres vies aussi, une mise au point très joyeuse. C'est très slave comme façon de penser.
Dossier par François Varlin
Paru le 20/02/2006

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