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©Brigitte Henguerand


Marc Paquien
Le rêve d’un baladin
Après "Face au mur" de Crimp et "La Mère" de Witkiewicz (spectacles pour lesquels il a obtenu, en 2004, le prix de la révélation théâtrale du Syndicat de la critique), Marc Paquien dirige "Le Baladin du monde occidental" de Synge, au Théâtre national de Chaillot. L'occasion de mettre en scène celle qui restera à jamais, pour lui, Marthe dans "L'Échange" monté par Vitez : Dominique Reymond. Et de s'interroger sur la façon de retraverser, aujourd'hui, une grande fable populaire de façon poétique.
Entre réel et imaginaire
"Pour Synge", explique Marc Paquien, "notre monde est toujours un peu en équilibre entre réel et imaginaire. À l'image de sa langue, qui se situe à mi-chemin entre parler populaire et poétique. L'histoire du Baladin, c'est en fait celle d'un garçon [interprété par Manuel Mazaudier, ndlr] qui bascule dans un univers où il s'invente en tant qu'homme, mais aussi en tant que poète, où il devient adulte en faisant l'expérience de ses rêves et de ses mensonges. Comme le dit très justement François Regnault [traducteur, ndlr], c'est un Œdipe qui n'aurait pas tué son père, un Hamlet dont le fantôme paternel serait vivant, un Christ qui n'aurait pas sauvé le monde." Le parcours de ce Christy (qui, se présentant comme parricide dans un village reculé d'Irlande, est tout d'abord fêté comme le Messie avant d'être conspué lorsque son père réapparaît) est très souvent monté comme une fable réaliste. Ce serait mal connaître Marc Paquien que de s'attendre à ce qu'il donne, lui aussi, dans les pintes écumeuses, les tonneaux de whisky à foison et les trognes d'ivrognes. "J'aime créer des univers étranges, poétiques", continue-t-il, "capables de mener le spectateur vers un ailleurs. Gérard Didier [décorateur, ndlr] et moi, tout en nous inspirant de peintures de Chagall, avons inventé un espace scénique ressemblant à un campement de forains. Parce que, pour moi, le théâtre vient de là : des gens qui rêvent, qui voyagent."

Entre ombre et lumière
Découvrant la scène au Théâtre de Chaillot, élève de Philippe Duclos à l'école du Théâtre Gérard-Philipe, Marc Paquien a été formé à la méthode Vitez, celle de l'acteur-metteur en scène "inventant sans cesse le plateau". C'est en découvrant cette position-là qu'il comprend que ses envies se situent "à la frontière de l'ombre et de la lumière". "Je crois que j'ai un rapport très globalisant au théâtre", confie-t-il. "Très tôt, j'ai aimé faire de la régie. J'adore arriver à 9 heures du matin et bidouiller jusqu'à la répétition avec les comédiens." Après un double parcours d'administrateur et d'assistant metteur en scène (Yves Beaunesne, Jeanne Moreau...), il part suivre l'enseignement de Krystian Lupa à Cracovie dans le cadre de l'Institut nomade de la mise en scène. "Lupa m'a appris une chose fondamentale", affirme-t-il, "c'est de savoir où je me situais en tant que metteur en scène". La réponse est énoncée de façon claire, sans appel : "Sur scène. Profondément. Avec les acteurs. Dans un aller-retour permanent entre eux et moi."
Portrait par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 16/01/2006

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