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©Sophie Robichon


Le point de vue Christophe Girard
Avec la Culture pour charge
Adjoint au Maire de Paris en charge de la Culture, Christophe Girard est en première ligne pour parler de théâtre. Il connaît tout de la vie parisienne et de ceux qui font la culture dans la capitale. Son entrée à la Mairie de Paris ne lui a pas fait oublier ses engagements en faveur de la lutte contre le sida. Rencontre avec celui que l'on couronne parfois du titre de "ministre de la Culture bis".
Monsieur le Maire, au milieu de toutes vos activités liées à la culture dans la Ville de Paris, trouvez-vous le temps de sortir au théâtre ?
Le théâtre est un domaine essentiel de notre politique
culturelle. Avec la musique, la danse, la lecture publique,
Paris est la ville la mieux dotée en manifestations théâtrales. Mon cabinet me fait une sélection parmi la quarantaine d'invitations que je reçois chaque semaine et je vais au théâtre en moyenne deux fois par semaine. Par ailleurs, j'écoute très attentivement les chroniques de Vincent Josse sur France Inter, cela me guide dans mes choix car il possède une vision et une exigence qui correspondent à mes goûts. Je vais souvent au Théâtre de la Ville, au Châtelet, au théâtre du Rond-Point - où Jean-Michel Ribes donne une programmation extrêmement éclectique qui me plaît -, à la Colline, à Chaillot, à la Comédie-Française, dans les théâtres privés... Je vais parfois revoir le même spectacle qund je suis emballé, ému, mais j'assiste très rarement aux premières... On y parle de tout sauf de ce que l'on vient voir.

Pensez-vous que la polémique qui a suivi le Festival d'Avignon, cet été, stigmatise l'échec d'un projet de culture pour tous ?
Les publics ont changé et les pratiques culturelles aussi. De nos jours, nos concitoyens regardent de plus en plus des DVD et la télévision chez eux. Le théâtre leur semble parfois ennuyeux, du moins dans sa forme. Pour que le Festival d'Avignon retrouve plus de sens, je pense qu'il devrait être une scène permanente, c'est-à-dire durer toute l'année, avec un temps fort en été. Or il se présente aujourd'hui comme une sorte de laboratoire, un aquarium esseulé. Avignon doit garder une vocation populaire, accessible, pour donner aux publics l'envie d'aller à la découverte, mais ce festival ne peut pas se réduire à une scène d'expérimentations et d'essais. Il faudrait proposer, sans doute, une autre forme d'autorité qui puisse donner une nouvelle perspective pour les dix ans à venir, en prenant en compte les propositions de l'actuelle équipe artistique.

Quels sont vos choix pour mettre le théâtre en lumière à Paris ?
Paris possède, bien sûr, de grands théâtres municipaux : le Châtelet, le Théâtre de la Ville Sarah-Bernhardt, la Maison de la Poésie, les Théâtre 13 et 14, La Villette, le Rond-Point avec l'État... Par ailleurs, nous avions le choix de faire renaître des manifestations abandonnées comme le Festival du Marais des années 70 où des pièces se jouaient dans les cours des hôtels particuliers du Marais, ou bien encourager des manifestations de qualité déjà en place. Lorsque l'on est en responsabilité, toutes les saveurs du passé vous reviennent. Mais c'est l'intérêt général qui prime avant les goûts personnels ! Nous avons donc fait le choix de soutenir le développement du Festival Paris Quartier d'été, qui s'est ainsi largement implanté dans les arrondissements du nord et du nord-est de la capitale, ainsi que le Festival d'automne. Sans compter l'aide accrue apportée au Fonds de soutien des théâtres privés.

Justement, quel regard portez-vous sur la programmation des salles privées et les soucis de gestion de leurs directeurs, dont ils ne manquent pas de parler ?
Nous sommes avec le Maire très attentifs à la santé du théâtre à Paris car le théâtre est une richesse française et parisienne. Mais pour que l'histoire d'amour entre le théâtre et Paris puisse durer, nous souhaitons de leur part un certain nombre d'initiatives. Les directeurs de théâtres font un métier difficile : ils sont face à l'inconnu à chaque nouvelle production. Mais ils savent que la puissance publique est là, en cas de crise. N'oublions pas que nous rendons régulièrement
des comptes aux Parisiens sur l'utilisation de l'argent public : les Conseillers de Paris me posent des questions précises sur chaque subvention, leur attribution, leur hausse, leur maintien ou leur réduction. À côté du théâtre, nous soutenons également la danse, le cinéma, la lecture publique, l'éducation artistique, les orchestres, l'art contemporain, le cirque, les arts de la rue... Nous ne sommes pas là simplement pour signer un chèque ! En contrepartie de ces aides aux théâtres privés, nous leur demandons de réfléchir à la pertinence de leur
programmation, aux horaires, à la recherche de nouveaux publics, à l'ouverture aux plus jeunes... Leur programmation est inégale, c'est vrai, mais comme toute création finalement. La profusion ne me dérange pas car c'est une stimulation nécessaire et l'émulation est une bonne chose pour la culture.

Et ce n'est pas qu'une multiplication des spectacles, c'est aussi une multiplication des petites salles...
Certaines de ces nouvelles petites salles ne répondent pas aux normes de sécurité ou aux réglementations sociales. Il faut qu'elles soient en conformité pour que nous puissions les aider. Plus largement, il y a une profusion de créations que l'on trouve également dans les arts du cirque et que nous soutenons. Il y a des idées à trouver pour que le théâtre renaisse et il faut que les gens de théâtres se réinventent eux-mêmes car eux seuls en ont le secret et le talent.
Interview par François Varlin
Paru le 13/03/2006

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