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© Marthe Lemelle


Olivier Meyer
Directeur du Théâtre Jean-Vilar de Suresnes et du Théâtre de l’Ouest Parisien (TOP)
Lorsque la commission d'appel d'offres de Boulogne-Billancourt le choisit pour succéder à Gildas Bourdet à la tête du TOP, Olivier Meyer est en poste à Suresnes depuis quatorze ans. Il n'envisage pourtant pas une seconde de quitter un fauteuil pour un autre. Assumant sa double direction comme un nouveau challenge, cet ancien producteur de tournées, depuis toujours boulimique de travail, avoue un goût prononcé pour la mise en danger personnelle...
Pourquoi avoir postulé à Boulogne alors que vous dirigiez déjà le Théâtre de Suresnes ?
Parce que j'aime beaucoup multiplier les responsabilités ! Après avoir pris la direction du Théâtre Jean-Vilar, j'ai continué à mener ma propre maison de production pendant douze ans. Et puis, en 2003, j'ai décidé de cesser cette seconde activité. Après vingt-cinq ans d'exercice, je crois que j'avais fait le tour de ce métier.

Votre vie était donc devenue trop calme... ?
(Il sourit.) Disons que j'avais peut-être besoin d'un nouveau défi. En fait, j'adore me mettre en difficulté et devoir trouver des solutions pour m'en sortir... Cette manie mériterait d'ailleurs une psychanalyse de longue durée ! (Il rit.) Et puis, postuler à Boulogne, c'était un peu comme repasser mes concours : l'écrit et l'oral. Je me suis dit que, dans tous les cas, ça me ferait progresser de me plonger dans un tel dossier, me demander ce que pouvait être, aujourd'hui, un théâtre dans cette ville-là. J'ai donc beaucoup travaillé : programmation,
gestion, communication...

De quelle façon avez-vous différencié votre projet pour le TOP de celui de Suresnes ?
J'ai d'abord établi qu'aucun des spectacles de Boulogne ne serait accueilli par Suresnes, et réciproquement. Et puis, à Boulogne, la programmation est intégralement théâtrale alors qu'à Suresnes, une grande place est donnée à la musique et à la danse, sous toutes leurs formes. Mais ce que j'aime au TOP, je l'aime évidemment au Théâtre Jean-Vilar. Et vice versa. Car artistiquement parlant, il s'agit du même esprit.

Comment caractériser cet esprit ?
Ce qui me plaît avant tout, c'est la vie, dans tout ce qu'elle a de contrasté. Je crois qu'un théâtre doit être une sorte de miroir qui renvoie les reflets du monde. Bien sûr, ses drames, mais aussi ses espoirs, ses beautés. Je déteste la morbidité, la prétention, la sophistication... Moi, j'aime les pièces qui racontent des histoires fortes, qui ne s'enferment pas dans les dogmatismes, qui donnent aux spectateurs l'occasion de rire, de pleurer, de vivre. Ma trilogie est donc assez simple : de grands textes, par des grands metteurs en scène, avec de grands acteurs ! J'essaie toujours d'aller vers le haut, de prendre des risques de création, quitte à me casser la figure de temps en temps. Je ne veux tomber ni dans la médiocrité, ni dans la facilité. Car je considère qu'en chaque spectateur, il y a un désir de grandeur.

Malgré cette envie d'élévation, le directeur que vous êtes doit souvent faire face à des considérations très pragmatiques...
Oui. En dépit des grandes théories, des grands concepts, je dois me poser quantité de questions très terre-à-terre. Est-ce que je peux payer ? Est-ce que ça rentre techniquement sur le plateau ? Est-ce que la période est disponible ?... Quand on a passé tous ces barrages, on peut effectivement programmer, mais pas avant.

Pensez-vous que ce sont vos talents de gestionnaire qui ont fait la différence auprès de la commission d'appel d'offres de Boulogne ?
Ça a dû jouer, en effet. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de personnes qui totalisent à la fois vingt-cinq années de production privée et quinze années de direction de théâtre public. Je sais compter, c'est vrai. Je sais gérer les choses. J'ai la prétention d'être capable, peut-être mieux que d'autres, de transformer l'argent public en créations, en spectacles. Car je suis très attaché au goût de l'économie dont parlait Vilar* : c'est-à-dire se fixer l'objectif de faire le mieux et le plus possible avec les moyens disponibles.

Qui est finalement votre "client" : la municipalité, le spectateur, l'artiste... ?
C'est horrible à dire, mais le client, c'est moi ! (Il rit.) Ce n'est pas par égocentrisme, mais j'essaie toujours de m'approcher le plus possible de ce qui me parle profondément. Il se trouve d'ailleurs que beaucoup de monde se retrouve dans mes envies. Et c'est ça qui me rend le plus heureux : réussir à faire coïncider mes désirs avec ceux des artistes.

Vous êtes le créateur du festival Suresnes Cités Danse. Comment est née cette idée ?
D'une rencontre, au début des années 1990, avec le chorégraphe américain Doug Elkins, qui faisait travailler des danseurs de hip-hop de la banlieue de Montpellier. Là, j'ai vu quelque chose d'absolument inouï, pas de techniquement exceptionnel, mais d'humainement et d'artistiquement très fort ! Parce qu'il y avait un désir, une fragilité, une humanité, une urgence, une énergie très particulière... En 1993, j'ai donc décidé de créer une manifestation qui, sans démagogie, associe chorégraphes et danseurs de hip-hop.

Finalement, qu'est-ce qui est selon vous indispensable pour diriger un théâtre ?
Une qualité pas du tout spécifique à ce métier : aimer ce que l'on fait. Beaucoup. Car il faut être prêt à de nombreux sacrifices, notamment sur un plan personnel. C'est une fonction qui exige énormément de travail et de disponibilité. Et puis, comme je l'ai dit, il faut être capable de concilier la nécessité de la rigueur et celle de la fantaisie, de l'ouverture, de la compréhension du changement, du questionnement... En bref, il faut pouvoir associer l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse dont parlait Pascal !
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 05/01/2006

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