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D.R.


Niels Arestrup
se sent utile
Le texte de Rainer Maria Rilke est à la fois célèbre et trop peu connu. Succès de librairie pour certains, obscure liste d'enseignements pour d'autres, ces "Lettres à un jeune poète" prennent vie sur les lèvres de Niels Arestrup au théâtre La Bruyère.
Plus inquiet que content de reprendre ces Lettres à un jeune poète, qui avaient été un succès il y a une douzaine d'années, Niels Arestrup se dit curieux de savoir si les réactions du public seront identiques devant ce texte littéraire au style exigeant. Il avoue cette peur de décevoir avec laquelle il lui faut vivre toute la journée : "On porte sur nos épaules la soirée des gens, leur désir, leur envie, l'argent qu'ils ont payé, l'investissement... Ce n'est pas toujours facile, cela angoisse ma journée. Je ne suis pas indifférent à tout cela même après quarante ans de carrière."

Incarner les lettres de Rilke

Pourtant, Niels Arestrup n'a pas beaucoup de souci à se faire. Son spectacle est un triomphe. Loin de se limiter à une lecture publique de ces textes, ni même de chercher à jouer l'auteur en train de les écrire, il incarne les lettres : "Je n'ai pas fait un travail sur Rilke mais sur l'incarnation de ses lettres et ce qui pouvait l'animer au moment où il écrivait cela. C'est une des possibilités pour un comédien d'avoir la sensation que ce qu'il fait est utile. Je considère qu'à cet endroit-là, à ce moment de ma carrière, je suis le plus en harmonie avec mon rêve d'être acteur. J'apporte aux gens quelque chose qui n'est pas simplement de l'ordre de la distraction, mais qui est aussi un appel à une forme d'exigence et de respect de la vie, que l'on a peu la possibilité d'entendre aujourd'hui. Je suis un messager qui prolonge ce qu'a fait Rilke."

Lancer un appel à la patience et à la solitude

Insatiable épistolier, Rainer Maria Rilke entretenait une correspondance avec l'Europe entière, écrivant près de 40 lettres de 5 à 6 feuillets par jour. À ce jeune poète de 20 ans, dans un style littéraire marqué par la fin du xixe siècle, au vocabulaire riche et nuancé, il prodigue des conseils de vie à l'orée de l'âge adulte, lui lance un appel exigeant à la patience et à la solitude avec simplicité et finesse. "De nos jours, tout est de l'ordre du rapide, de l'efficace, du flirt, explique Arestrup. Que, dans le monde dans lequel on vit, ces lettres venues du fond du début du xxe siècle nous disent que ce n'est peut-être pas tellement comme cela qu'il faut vivre, il y a là quelque chose qui est de l'ordre de l'exigence et de la gravité."

Seul en scène, l'isolement ne pèse pas au comédien. Il parle des quelque 400 partenaires auxquels il s'adresse quasi individuellement, que constitue le public de la salle du La Bruyère. À ce Rilke de toujours, reviennent en écho les silences, l'attention soutenue des destinataires de ces missives, jeunes poètes d'un soir.
Portrait par François Varlin
Paru le 26/12/2005

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