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D.R.


Éric Métayer et Roland Marchisio
Le Boulevard ne semble plus être ouvert uniquement aux vieux routiers. Toutefois, Éric Métayer et Roland Marchisio ne sont pas de jeunes conducteurs. Leur parcours sans faute au permis du rire leur donne accès à la tête d'affiche de "Stationnement alterné" de Ray Cooney à La Michodière.
Le rendez-vous a lieu à 13 heures devant le théâtre de La Michodière où les deux comédiens attaquent les dernières répétitions avant la première qui se déroulera une semaine plus tard. Malgré un tour de quartier pour garer son scooter - alors qu'il y avait de la place juste devant le théâtre - Éric Métayer arrive le premier. Plus par principe et parce que cela l'amuse, il ronchonne après son camarade. "J'aime pas les retards ! L'heure c'est l'heure..." Je me rappelle que nous sommes mercredi, jour des enfants, et Roland doit gérer sa tribu. Via le portable de l'assistante du metteur en scène croisée sur le trottoir, des seaux en plastique plein les mains, Éric explique à Roland où nous avons décidé de réaliser l'entretien et, par la même occasion, déjeuner. "Pas le japonais, ça fait deux semaines qu'on y mange !"

Un duo sans fausse note
Roland arrive, range son casque de moto dans sa housse tout en expliquant à Éric que c'est beaucoup mieux "parce que ça raye pas et que la nuit c'est chiant de rouler avec des traits devant les yeux". Et les voilà partis sur les joies simples du motard et ses dangers. Ces deux-là sont de véritables complices, tout est prétexte à une joute verbale et humoristique avec jeux de mots et taquinerie à l'appui. Pourtant, ils ne se connaissaient que de vue avant de se retrouver ensemble sur ce projet. Leurs chemins s'étaient juste croisés. La dernière fois, ce fut à la fameuse cérémonie des Molière 2004, celle qui fut très mouvementée et non retransmise à la télé. "Pas de bol", entonnent-ils en chœur. Le souvenir de cette soirée peu ordinaire les amuse beaucoup. Ils évoquent le "foutoir" ambiant. Pour Roland Marchisio, c'était sa première nomination aux Molière, pour Éric sa deuxième. Je suis surprise : "Comment cela, vous n'avez jamais joué ensemble ?" Roland éclate de rire : "En réalité, ce n'est pas la première fois." Éric le regarde, interloqué. "Qu'est-ce que tu racontes !" Roland, pas peu fier d'avoir meilleure mémoire que son compère, la lui rafraîchit. "C'était une pub ! Et signée Leconte s'il te plaît ! La pub Marie, tu faisais le neveu de Dreyfus..." Éric rigole : "J'ai fait deux tentatives de passation de pouvoir, 'Marie' et 'Don Patillo' et aucune n'a marché."

Deux belles carrières
Tous les deux ayant dépassé la quarantaine, ils peuvent dire qu'ils sont de la génération "post-café-théâtre". L'équipe du Splendid avait ouvert une voie. "Comme on écrivait nos pièces, on pouvait faire le casting et donc jouer dedans. Personne ne voulait de nous !" Pour Roland Marchisio ce furent deux gros succès : Charité bien ordonnée et Tout baigne coécrits avec une bande d'amis, dont Pascal Elbé, Bob Martet... Mais il n'a pas fait que cela, on le retrouve régulièrement au théâtre, comme dans Plus vrai que nature de Didier Caron. Au cinéma, il est abonné aux seconds rôles, Monsieur Batignolles, Princesse Malabar... Il y a du Carette dans ce comédien. Éric a eu un parcours un peu différent, la Ligue d'impro, "quinze ans de ma vie que je ne vais pas renier". Éric Métayer a un parcours étonnant. Il a joué dans Panique au Plaza et Sans Rancune orchestrés par Pierre Mondy ; dans l'excellente pièce écrite par son père, Aimez-moi les uns les autres ; La Dame de chez Maxim's de Feydeau et Les Possédés de Dostoïevski dans des mises en scène de Roger Planchon ; Des cailloux plein les poches mis en scène par Stephan Meldegg. Comme il fait ce qu'il veut de sa voix, on peut l'entendre dans Alladin, Les Indestructibles, Monstre & Cie.

Un choix courageux
Malgré ce beau parcours, Métayer et Marchisio ne sont pas encore, ce que - dans le jargon du métier -, on appelle des têtes d'affiche. Je souligne que c'est très courageux de la part du théâtre de La Michodière de miser sur eux. Même si je n'ai aucun doute sur la légitimité de ce choix. Ils sont heureux d'être de cette aventure. Pour eux, le Boulevard n'est pas un genre péjoratif. Il y a une dynamique qui leur plaît beaucoup, ce n'est pas le fond qui est usé mais la forme. En règle générale, les directeurs de théâtre choisissent souvent un nom fédérateur pour le grand public. "Alors, oui, c'est couillu de nous choisir !" s'exclame Roland. Tous les deux s'accordent pour dire que les comédiens spécialistes du genre - à savoir le Boulevard -, "ont vieilli" et qu'il y avait besoin de "nettoyer la cuve". Ce qui ne devrait pas être difficile car la relève est là. "Le théâtre contient 700 places, c'est le bouche-à-oreille qui va faire que ça marche. C'est un challenge pour nous, car on ouvre une brèche." Pour Éric comme pour Roland, on revient à ce qui se pratiquait autrefois. "Les directeurs étaient plus vigilants sur la pièce, la qualité du texte. Le choix des interprètes venait ensuite. Ils cherchaient d'abord un texte et non l'inverse." Roland, fier de lui, mais pas très sûr quand même de l'exactitude de ses propos, rappelle que la signification grecque de "Producteur" c'est "mettre en lumière". Et qu'autrefois on parlait "d'entrepreneur du spectacle". Éric s'exclame : "Il m'énerve quand il fait son intello !" Jacques Crépineau, le directeur de La Michodière, a choisi avant tout la pièce de Ray Cooney. Stationnement alterné n'est pas une création, puisqu'elle fut présentée dans le même lieu sous le nom de Double Mixte, avec Christian Clavier et Gérard Rinaldi. Stewart Vaughan et Jean-Christophe Barc, deux personnalités fort différentes et finalement complémentaires, signent une nouvelle adaptation plus proche de ce que souhaite Cooney. Le premier choisi fut Éric Métayer. "Pour trouver mon comparse, Jean-Luc." Je demande à tout hasard, en sachant que je tomberai juste vu le nombre de mises en scène qu'il signe cette année : "Moreau ?" Les deux éclatent de rire ! "Une chance sur deux !" Donc, Jean-Luc Moreau joue au "Jeu des familles", essaye des paires et au moment où le projet allait tomber à l'eau, met sur la table la carte Marchisio. Il n'y eut alors aucune hésitation.

La pièce
Éric Métayer est un chauffeur de taxi qui mène allègrement une double vie. À l'une de ses femmes, il a expliqué qu'il était taxi de nuit, à l'autre taxi de jour. Il jongle avec ses deux vies. Tout va pour le mieux, jusqu'à ce qu'un grain de sable ne détruise la belle machinerie qu'il a mise en place. Il va se servir de son voisin et ami pour se dépêtrer de cette situation. "Chez Cooney, comme chez Feydeau, il y a tout une mécanique du rire", m'explique Éric Métayer. "C'est une horlogerie suisse, totalement réglée." Tous les deux sont unanimes sur le plaisir de jouer ce texte, d'autant plus qu'ils sont entourés par une belle bande de comédiens, Gérard Caillaud, Daniel-Jean Colloredo, Didier Constant, Laurent Montagner, Cécile Arnaud, Diana Frank. "Notre problème, c'est que nous sommes des ritals, nous parlons avec les mains. Et là on nous demande de les mettre de côté, c'est dur." Puisqu'ils évoquent les répétitions, le portable de Métayer sonne, Anne l'assistante de Jean-Luc Moreau les rappelle à l'ordre, la récréation est terminée : "Au boulot !"
Dossier par Marie-Céline Nivière
Paru le 28/12/2005

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