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D.R.


“Vincent River”
Un face-à-face entre clair et obscuro
Construit comme une intrigue policière par Philip Ridley, ce drame psychologique très british met en présence une mère dont le fils a été assassiné et le jeune homme ayant découvert son corps. Dirigés au théâtre du Marais par Jean-Luc Revol, Marianne Épin et Cyrille Thouvenin donnent vie à cette rencontre singulière riche en rebondissements...
"Merci La Poste"

"J'ai trouvé que les rapports entre les personnages étaient à la fois très forts et très justes, extrêmement crédibles", déclare Jean-Luc Revol lorsqu'on lui demande ce qui, pour lui, a tout de suite fait tilt à la lecture de Vincent River. "Et puis, il s'agissait d'un registre que je n'avais encore jamais abordé", poursuit-il, "un théâtre très réaliste, un peu une ambiance à la Ken Loach. Cette pièce, qui se déroule en temps réel, développe une situation assez violente avec de nombreux niveaux de lecture et une construction vraiment très subtile, très élaborée".
Tout a commencé en mars 2002. Sébastien Cagnoli, l'adaptateur français de Vincent River, fait parvenir la pièce de Philip Ridley à Jean-Luc Revol. Tout simplement par La Poste. Alors que le metteur en scène reçoit moult propositions de textes, celui-ci sort immédiatement du lot. Il le met donc de côté, donne suite aux projets pour lesquels il s'est déjà engagé, mais garde en lui une fenêtre ouverte sur cette histoire de mère dont le fils vient de se faire assassiner dans les toilettes d'une gare désaffectée, lieu de drague homosexuelle. Mère qui découvre, seulement à l'occasion de cette épreuve, que son fils était gay.

Une pièce-mosaïque

"À la mort de Vincent", explique Jean-Luc Revol, "tout s'écroule pour Anita. En plus de sa détresse, elle fait l'objet de pressions homophobes de la part de son voisinage, ce qui la pousse à déménager. Peu après, elle prend conscience qu'un jeune homme, Davey, la suit depuis quelque temps. Fatiguée par ce petit manège, elle décide, un jour, de le laisser monter chez elle pour enfin savoir ce qu'il veut. Davey lui avoue alors que c'est sa petite amie et lui qui ont découvert le cadavre de son fils, et que depuis ce soir-là, il ne parvient pas à se sortir cette image de la tête. Il lui demande ainsi de l'aider à s'en débarrasser".
S'il s'agit avant tout d'une pièce sur la manière de faire le deuil de l'être aimé, Vincent River traite également de nombreux autres sujets : homophobie, homosexualité, amour fusionnel d'une mère pour son fils... C'est sans doute cette richesse thématique qui a aussi su conquérir le metteur en scène : "L'une des grandes forces de cette pièce, c'est qu'elle n'aborde pas qu'un seul thème et qu'un seul point de vue. Au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue, nous sommes sans cesse amenés à nous repositionner par rapport à ce qui se dit et ce qui se passe entre Anita et Davey. Je trouve ça extrêmement intéressant. Nos certitudes sont sans arrêt troublées par l'évolution de la relation qui se tisse sous nos yeux."

Questions de distribution

Une fois sa décision prise, restait au metteur en scène à trouver deux comédiens capables de rendre "toute la profondeur des protagonistes et des rapports contrastés qu'ils entretiennent". Très vite, Jean-Luc Revol pense à Marianne Épin et Cyrille Thouvenin. "Anita est une femme blessée, usée par la vie», précise-t-il, "mais c'est, en même temps, une battante qui dégage une énergie très positive. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai très vite songé à Marianne Épin, qui est très dynamique et peut faire passer des sentiments complexes avec une subtilité incroyable. Quant à Cyrille Thouvenin, je le connais depuis longtemps, il a été l'un de mes élèves au cours Florent. Il possède l'ambivalence nécessaire au personnage de Davey, une sorte de grande force avec, en même temps, beaucoup de fragilité".
Prochaine étape : obtenir l'assentiment et l'enthousiasme des deux comédiens. C'est chose faite dès la découverte du texte, sans hésitation aucune de leur part. Tout d'abord pour Marianne Épin qui aurait tout aussi bien pu dire oui les yeux fermés, sur le seul nom de Jean-Luc Revol : "J'avais déjà travaillé avec lui dans Les Trente Millions de Gladiator de Labiche. C'est quelqu'un que j'apprécie particulièrement et en qui j'ai une totale confiance. Moi, j'aime bien les retrouvailles, les fidélités dans le travail. Mais j'ai également été emballée par le texte, par cette écriture très théâtrale. Philip Ridley est un grand auteur de théâtre." Et d'une ! Le second dira oui dans un même élan. Car Cyrille Thouvenin a eu, lui aussi, un vrai coup de cœur pour ce texte : "Ce qui m'a tout de suite étonné, c'est la construction extrêmement ciselée de cette pièce, sa narration vraiment très fine, très bien menée dans l'utilisation du suspense. Et puis, je dois dire que j'ai trouvé ça très drôle ! Même s'il s'agit d'une situation de drame total, on retrouve un cynisme typiquement anglo-saxon. Principalement chez le personnage d'Anita, d'ailleurs, qui tente de se sortir de son malheur par l'humour."
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 26/10/2005

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