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D.R.


Merlin
ou la terre dévastée
Ce sera l'un des événements de la rentrée théâtrale.
Jorge Lavelli revient en grande forme pour un spectacle féerique. Laissons la parole au metteur en scène et à l'un de ses interprètes Frédéric Norbert.
Jorge Lavelli

Il monte à Bobigny la création donnée avec succès au festival des Nuits de Fourvière
au printemps dernier :
"Merlin ou la terre dévastée" de Tankred Dorst.
Du 4 novembre au 4 décembre.

Vous vouliez monter ce projet depuis longtemps ?
Le directeur du festival m'a proposé cette pièce, cela m'a passionné. Le texte s'est imposé à moi, m'a semblé évident. C'est tout ce que j'aime : la liberté, la légende, le danger, des histoires qui se croisent. C'est terriblement théâtral. Pour des lieux comme Fourvière, il faut des textes qui occupent l'espace. Le thème de la pièce c'est l'utopie. Les utopies du xxe siècle ont été le socialisme, les guerres... Toutes ces intolérances, ces luttes pour le pouvoir sont ici revues, passent à travers l'appropriation que l'auteur fait de ces légendes arthuriennes. Au-dessus de tout il y a un grand geste poétique.

Comment êtes-vous passé d'un plateau comme celui de Fourvière à une scène telle que celle de la MC 93 de Bobigny ?
Je récupère le concept de base à Bobigny, mais je ne peux récupérer la grandeur du paysage de Fourvière. Nous y avions utilisé 3 000 m2 de plateau, les ruines, les jardins, les bosquets et les arbres étaient introduits dans la situation. Mais il n'y a rien à illustrer. J'ai besoin simplement d'une tour et une passerelle métallique moderne. Ils sont un palais, un lieu d'attente, les lieux du roi, le rapport entre les personnages en haut et ceux qui sont en bas et qui dialoguent, on y rencontre des fées, des anges, c'est aussi un lieu magique. Le projet original est un projet qui durerait entre douze et quinze heures. Je l'ai réduit à quatre heures quarante-cinq. J'aime la dimension de récit, certains personnages prennent en charge la pièce et nous la racontent. Un procédé très attrayant et très théâtral. Il coupe avec tout naturalisme et fait avancer l'action.

Avec Merlin et les légendes du roi Arthur, ne vous attaquez-vous pas à un thème à la mode ?
C'est un thème extraordinaire qui fait penser à l'histoire et à la diversité des comportements de l'homme. Ces légendes racontent l'histoire humaine, mais lorsqu'un véritable auteur s'y intéresse, il ne reste pas au niveau des légendes intrigantes ou amusantes, il se les approprie, parle de choses concrètes et significatives de l'évolution du monde. Comme une religion de l'histoire du xxe siècle. C'est une œuvre formidable qui ne donne réponse à rien, mais pose une interrogation. Du théâtre à l'état pur. C'est mon domaine, ce que j'aime au théâtre, c'est l'inattendu, la réinvention, ce qui échappe au naturalisme, rentre dans la réflexion ou la provoque. Ici c'est le cas. J'aime ce mélange des genres, cette liberté d'écriture, l'idée que l'on peut rencontrer le fantastique tout en partant de la réalité. Je ne connais pas d'autres auteurs qui aient cette imagination-là.

Frédéric
Norbert

À la veille de jouer "Merlin" de Tankred Dorst, à la MC 93 de Bobigny, sous la direction de Jorge Lavelli, Frédéric Norbert s'arrête pour nous sur son parcours riche et original.

Tout jouer partout

Du métier de comédien Frédéric Norbert n'a pris que les qualités. Le bonheur d'être sur scène ou devant les caméras, la joie d'évoquer le passé et de faire des projets, le tout sur le terrain favorable d'un caractère enthousiaste. Une nature. Sa carrière commence sous les paillettes et les plumes de La Cage aux folles, aux côtés de Jean Poiret et de Michel Serrault. Il a 19 ans. Un succès qui durera sans se démentir, auquel il participera plus de trois années durant. Trois ans de félicité et de félicitations, mais aussi à manquer un
certain nombre d'engagements, ce qui pour un jeune comédien est paradoxalement pervers. S'il quitte alors l'aventure du Palais-Royal, sa scène culte avec Serrault lui a ouvert de nouveaux horizons : la danse, le chant, le modern jazz, les claquettes. Remarqué quelques mois plus tard dans Les Parapluies
de Cherbourg au théâtre Montparnasse, il délaisse les planches parisiennes pour les scènes américaines.

Paris, Las Vegas, Broadway

Cinq ans, Frédéric enchaîne les productions, à Las Vegas tout d'abord dans le rôle tenu en France par Jean-Marie Rivière comme meneur de revue à l'Alcazar, puis au Casino de Paris de la cité du poker et des machines à sous. Là-bas, la chance continue de lui sourire, Frédéric monte à l'assaut de New York, au célèbre Café Versailles pour deux nouvelles revues, puis de Broadway, où il tient le premier rôle de plusieurs grandes comédies musicales, dont le fameux Cabaret, ainsi que dans le Off Broadway. La presse s'emballe, le succès s'installe, il revient à Paris jouer Cats qui électrise la scène du Théâtre de Paris dans le rôle de
Rocky Tam-Tam. Le triomphe s'épanouira un an et demi. Pourtant, fidèle à ses principes de diversité, Frédéric Norbert retrouvera le cinéma avec plaisir. Et particulièrement le cinéma d'auteur (Rohmer, Biette, Vecchiali...).

Bobigny !

Parti comédien, devenu meneur de revue et revenu acteur-chanteur-danseur de comédie musicale, Frédéric Norbert assume tout : les fours comme les succès. Il ne regrette rien, surtout pas de mélanger les genres, comme un ouvrier qui bâtit un palace et le lendemain une cabane, avec un égal amour, assure-t-il. En 1997, il retourne aux États-Unis tenir le premier rôle de la comédie musicale de La Cage aux folles. La boucle se bouclait. Pour l'heure, il se prépare à jouer Merlin dans lequel il interprète cinq personnages différents, dont celui de Mark Twain, sous la direction de Jorge Lavelli au cœur d'une belle et abondante distribution. Le spectacle, créé au printemps dernier à Lyon dans le cadre du festival des Nuits de Fourvière, a été applaudi par plus de 7 500 personnes. Merlin revient donc en région parisienne et fait de Frédéric Norbert un enchanteur enchanté.
Dossier par François Varlin
Paru le 02/11/2005

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