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D.R.


Le rendez-vous de Marie-Céline
Jean-Luc Moreau
Il est rare de ne pas voir son nom sur plusieurs affiches de théâtre dans la même saison. il a la double casquette de comédien et de metteur en scène. Portrait d'un homme heureux.
L'éternel jeune homme
Malgré ses cheveux grisonnants, il a l'allure d'un jeune homme, casque de moto, blouson de cuir et jeans. Il a gardé une part d'enfance en lui. Celle dont on a toujours un peu de mal à se défaire. "Je m'amuse beaucoup dans la vie", confie-t-il avec espièglerie. Il est de ceux qui s'emballent pour une chose, se déchaînent sur une musique, rigolent facilement, piquent des colères. Il est entier, les élans du cœur passent avant ceux de la raison. Il va avoir quarante ans de carrière et son enthousiasme reste toujours aussi vivace.
Le rendez-vous a lieu au théâtre dans la sacro-sainte Entrée des artistes du théâtre des Variétés, qui se refait une beauté. Nous choisissons d'aller prendre un verre au café. Il me fait passer par les couloirs et me montre la salle vide. "C'est magnifique !", lance-t-il. Nous passons par le hall, Jean-Luc Moreau salue le personnel. Au moment de traverser le boulevard, je lui rappelle que les passages piétons sont plus sûrs.
Ma première question est très personnelle, je demande des nouvelles de sa toute dernière création. Il a la fierté des jeunes pères en m'annonçant que je ne vais pas tarder à la voir. Effectivement, dans un landau, poussé par sa pétillante maman, l'ange débarque dormant du sommeil des justes. Je sais par la rumeur que le petit garçon se prénomme Camille en hommage à Camille C., la comédie musicale sur Camille Claudel que Jean-Luc Moreau a mise en scène au théâtre de l'Œuvre. Spectacle qui a été récompensé aux Molière. Comme la cérémonie a eu lieu la veille de notre rendez-vous, elle occupe le début de notre entretien. Jean-Luc Moreau connaît bien cette réunion de famille puisqu'il l'a orchestrée pendant dix ans. Nous sommes d'accord, la fête télévisuelle ne fut pas au rendez-vous. En dehors de récompenser des pièces, des auteurs, des artistes, cette cérémonie doit aussi donner envie aux téléspectateurs de (re)devenir des spectateurs.

De la variété pour les Variétés
Nous revenons à son actualité qui est comme toujours fort chargée. La première est sa nomination à la direction artistique des Variétés. Ancienne propriété de Jean-Paul Belmondo, ce théâtre vient de changer de direction. Jean-Manuel Bajen, le nouveau propriétaire est un industriel bordelais. "Ce n'est pas une danseuse pour lui !", explique Jean-Luc Moreau. "Il est présent. Ce qui intéresse Bajen, c'est de faire tourner la maison, faire venir du public. C'est un entrepreneur." Jean-Luc Moreau a carte blanche, "avec Jean-Marc Dumonté à l'administratif, nous formons une véritable équipe". C'est la première fois qu'on lui offre une telle charge et il prend cela très à cœur. Pour la première saison, les projets ne manquent pas. À la rentrée, ils accueillent la prochaine pièce de Laurent Ruquier, Si c'était à refaire, avec Pierre Palmade, Claire Nadeau, Laurence Badie. Moreau se charge de la mise en scène. "Le 21 heures est notre vitrine !"
Il aimerait mettre en place un 19 heures. "Pour ne pas prendre le public du soir, il faut faire quelque chose de différent, ce sera des spectacles musicaux." Dans la salle du haut, le public pourra voir gratuitement des levés de rideaux. "Nous abritons le cours de théâtre de Michel Galabru. Ainsi nous donnerons la chance à des élèves de concrétiser ce qu'ils apprennent. Ce devra être des petites formes, un texte de Topor, Ionesco, Tardieu... Dans le très beau foyer Napoléon III, nous organiserons des expositions. Un théâtre doit être un lieu de convivialité." Cela devrait suffire à l'occuper ! Eh bien non, fidèle à sa réputation, Jean-Luc Moreau va enchaîner trois autres mises en scène.

Qu'est-ce qui fait courir Moreau ?
Il y a Stationnement alterné de Ray Cooney, avec Éric Métayer et Stéphane Hillel à La Michodière. Au Théâtre Michel, C'est jamais facile de Jean-Claude Islert, avec Maaïke Jansen et Roger Miremont. Il ne tarit pas d'éloges sur Maaïke Jansen. "C'est une immense comédienne !" Le dernier
projet est un coup de cœur pour un jeune artiste, Éric Delcourt, auteur, metteur en scène et comédien qui fut son assistant sur La Salle de bain d'Astrid Veillon. Il le mettra en scène dans sa comédie La Sœur du Grec à la Comédie Bastille. "Je crois beaucoup en cet auteur comédien." Comment fait-il pour mener de front tout cela ? De bons assistants ! "Mes assistants gèrent tous les problèmes techniques. Ils m'assistent, c'est certain, mais il n'y a pas une répétition où je ne suis pas là !" Jean-Luc Moreau évoque alors ses règles : programmation et organisation. Il devait jouer dans Stationnement alterné, mais il a préféré rester disponible. "Car un metteur en scène doit être présent, même après les répétitions !" Son moteur est mis en marche par la passion de ce qu'il fait. "Je me considère comme un chanceux. J'ai un bel outil dans mes mains. Je fais du théâtre et il y a des gens qui me font confiance." Le seul risque est de devenir schizophrène. "Je sais de quoi je parle car ça a failli m'arriver. À force d'être toujours dans la fiction, on finit par croire que tout ce qui vous entoure l'est aussi. Entre la scène et le dehors, il faut un temps d'adaptation."

L'amour du théâtre
Il se considère comme un privilégié. Il peut. Depuis 1969, date de sa sortie du Conservatoire national d'art dramatique avec deux premiers prix, il n'a pas arrêté. Son parcours montre qu'il refuse les étiquettes, de se faire enfermer dans un système. Il a mis en scène et joué dans un grand nombre de pièces, parmi lesquelles celles de Maria Pacôme, de Robert Lamoureux, Jean-Loup Dabadie... Mais il a aussi commencé sa carrière au Français, joué Copi, Berkoff dans des mises en scène de Jorge Lavelli au théâtre de la Colline. Il reçut une nomination au Molière pour son interprétation étonnante de la pièce de François Billetdoux, Comment va le monde Môssieur ?... Il tourne, mis en scène par Jean-Pierre Miquel. "Mais quand tu as Marielle en face, tu te fais tout petit." Ce texte, Moreau l'aime tout particulièrement, car c'est grâce à lui qu'il a décroché son premier prix de comédie moderne au Conservatoire. Moreau est un homme de théâtre qui vit dans et pour le théâtre. "En tant que comédien, je n'ai pas fait de cinéma." C'est peut-être grâce à cela qu'il reconnaît ne pas "être abîmé dans la tête. L'aigreur est une drôle de maladie !". Il ne risque pas de l'attraper, il a l'antidote : "Le plaisir et la joie."
L'heure a tourné vite, il est temps de nous séparer. Jean-Luc Moreau doit rejoindre le théâtre des Variétés où il partage l'affiche avec Roland Giraud et Nathalie Roussel, dans la comédie de Dany Laurent, Avis de tempête. Il ne faut pas oublier son autre mise en scène, 1-2-3 Sardines de Sylvie Audcœur, David Basant et Olivier Yéni qui connaît un beau succès depuis septembre et quitte la Comédie Bastille pour le théâtre Fontaine. Jean-Luc Moreau attrape le landau de Camille et file vers le théâtre.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 09/08/2005

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