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D.R.


"Le Balcon”
de Genet revisité par acte6, une jeune troupe qui monte, qui monte…
Après "Peer Gynt" au Théâtre 13, "Vice(s), versa" au Sudden Théâtre et "Dom Juan" en tournée en Suisse, acte6 poursuit son ascension en montant "Le Balcon" de Jean Genet au théâtre de l'Athénée. À la mise en scène : Sébastien Rajon. L'occasion pour lui et ses compagnons de continuer leurs explorations sur l'apparence et la théâtralité. Et pour nous, de mieux connaître ce collectif artistique aux envies pas du tout raisonnables.
Ils sont dix. Trois comédiennes. Sept comédiens. Tous issus du Studio 34, cours dramatique dirigé par Philippe Brigaud. À l'origine de cette compagnie : Antoine Cholet et Sébastien Rajon, deux apprentis comédiens ayant grandi à 30 kilomètres l'un de l'autre (en Saône-et-Loire). Ce n'est pourtant ni à Mâcon ni à Chalon-sur-Saône qu'ils font connaissance, mais... à Paris. Sur les bancs de leur cours de théâtre. Entre eux, le
courant passe instantanément. Ainsi, lorsqu'on donne à Antoine Cholet une scène de Peer Gynt à travailler (dans le rôle-titre), c'est très naturellement à son camarade bourguignon qu'il demande de lui donner la réplique. Nous sommes alors en 1999.
"Assez vite, on en a eu marre de répéter toujours la même scène", se souvient Sébastien Rajon,
"de faire des bouts de trajets de personnages. On avait envie de continuité, d'une plus grande envergure. Alors, on s'est dit : 'Pourquoi on ne la monte pas cette pièce ? De quoi a-t-on peur ?'.
On a donc procédé à un casting secret dans l'école et demandé au directeur l'autorisation de venir répéter le week-end." L'un dans la peau de Peer Gynt, l'autre à la mise en scène, huit camarades à leurs côtés : acte6 voit le jour. Quelques mois plus tard, présenté devant une assemblée de professionnels, cet Ibsen-là fait plus que l'unanimité. Il surprend. Il enthousiasme. Si bien que Renato Ribeiro, directeur de l'espace
La Comedia, décide de mettre le pied à l'étrier à ces dix étudiants déjà très professionnels. Il les programme durant un mois dans son théâtre.
La jeune troupe se fait ainsi connaître et reprend son spectacle dans de nombreuses salles, dont le Théâtre 13 en 2003.

L'union fait la force

"À dix, se forme une sorte d'entrain, on bouge plus facilement. On n'est pas tout seul dans son coin à envoyer ses CV", déclare Antoine Cholet. Les membres d'acte6 ont en effet très vite compris qu'ils seraient beaucoup plus forts ensemble. Mais rien n'aurait sans doute été possible sans une entente immédiate. "Ce qui nous a liés dès le départ", poursuit-il, "c'est vraiment l'envie de travailler les uns avec les autres, de former plus qu'une compagnie : une troupe composée de dix membres permanents, avec chacun sa personnalité, son jardin théâtral personnel. Car nous sommes assez différents les uns des autres, ce qui nous conduit à confronter nos goûts et nos points de vue. Tout ça est très enrichissant».
Malgré ces contrastes, les membres d'acte6 partageaient tous une envie commune : monter un texte du xxe siècle. Après de nombreuses rencontres, le directeur de l'Athénée (Patrice Martinet, qui suit leur parcours depuis plusieurs années), leur permet aujourd'hui de concrétiser ce désir en les menant vers Le Balcon.

Une farce tragique en 9 tableaux

Un bordel quasi institutionnel. Une tenancière autoritaire et grandiloquente. Des filles de joie comme des intermittentes du spectacle. Des clients aux fantasmes costumés, scénarisés, intellectualisés. Alors qu'au-dehors, dans la ville, le peuple gronde, Madame Irma, la patronne, continue de régenter tout son petit monde d'une main de fer...
"Dans Le Balcon, il y a trois clients qui se dégagent, que l'on appelle des figures", explique Antoine Cholet, "le Général, le Juge et l'Évêque, que j'interprète. Ce sont des personnages obsédés par leur image, qui viennent chez Madame Irma se projeter dans une vision sublime d'eux-mêmes, de ce qu'ils auraient aimé être. Dans cet endroit complètement clos, confiné et secret, ils peuvent assouvir pleinement leurs fantasmes en revêtant les ornements de la fonction qu'ils ont choisi d'incarner".
Glorification de l'apparence s'il en est, Le Balcon semble correspondre parfaitement à l'esprit d'acte6, troupe qui aime raconter le théâtre en le faisant. Sacre de l'art dramatique et du comédien, mise en abyme baroque, la pièce de Genet établit, selon Sébastien Rajon, "des couches et des surcouches de jeux parmi lesquelles on ne sait plus très bien où est le personnage et où est l'interprète". Ce procédé intéresse particulièrement le jeune metteur en scène, qui avoue beaucoup aimer "travailler sur l'imaginaire, l'image, la
fantaisie, être en exploration sur les facettes de l'humain. La compagnie essaie souvent de faire du théâtre miroir, du théâtre qui cherche la vérité. Et Le Balcon est vraiment une pièce vouée à l'image, qui va chercher le sacré dans l'abject, le sang, la merde, dans tout ce qu'il y a de plus sale".
Vêtus de costumes monofaces, les comédiens se retrouvent tout simplement "cul nu" lorsqu'il leur arrive de tourner le dos au public. Car Sébastien Rajon, décidé à assumer toute la théâtralité du Balcon, a souhaité "ne rien cacher aux spectateurs, mettre en scène l'artifice
théâtral pour mieux pointer du doigt les simulacres, se positionner sur la frontière entre le vrai et le faux, le réel et le rêvé".

En "guest star" :
Michel Fau

Il a participé à la création de plusieurs pièces d'Olivier Py, a joué sous la direction de Laurent Gutmann, Jean-Luc Lagarce, Stéphane Braunschweig,
Jean-Michel Rabeux... Lui-même a mis diverses œuvres en scène pour le théâtre et l'opéra.
Dans le rôle de Madame Irma, il rejoint acte6, troupe avec laquelle il a bien l'intention de donner corps à toute sa fantaisie.

Comment avez-vous connu acte6 ?
Sur leur premier spectacle, Peer Gynt, que j'avais trouvé formidable. Avec peu de moyens, ils avaient réussi à créer quelque chose de très charnel, très incarné, insolent, sans pour cela se prendre au sérieux, avec beaucoup d'humour. Ce soir-là, j'ai vraiment vu du théâtre !

Cela vous a donc donné envie de vous joindre à eux pour Le Balcon...
Oui, surtout que, pour moi, il s'agit d'une pièce essentielle du xxe siècle. Genet traite de thèmes qui me parlent beaucoup : la théâtralité, le jeu des apparences, le fantasme, l'humain... Son théâtre regroupe trois choses qui me touchent particulièrement : le grotesque, la grâce et la chair. Il n'y a pas tant d'auteurs qui, comme lui, ont traité ces trois thèmes-là en même temps.

En tant qu'élément extérieur, quel regard portez-vous sur l'esprit qui anime cette troupe ?
J'ai tout de suite trouvé qu'ils se posaient de vraies questions sur le style, qu'ils étaient vraiment dans une recherche de ce que c'est que de faire du théâtre, aujourd'hui, et de comment le faire. Et en même temps, comme je l'ai dit, ils ne le font pas de façon pédante ou cynique. Ils ont une vraie fantaisie, ce que j'apprécie vraiment.

Que pouvez-vous nous dire de Madame Irma ?
C'est un rôle absolument magnifique ! Elle symbolise la femme de pouvoir, la femme fantasmatique par excellence. En fait, c'est à la fois une reine, une grande tragédienne et une putain sublime.

Le fait d'être un homme change-t-il quelque chose à votre interprétation de ce personnage ?
Non, car je ne me positionne pas en tant qu'homme jouant un rôle de femme. Je puise à la fois dans ce que j'ai de masculin et de féminin en moi. D'ailleurs, jouer la comédie est une activité très ambivalente et d'une grande impudeur, pour laquelle il faut savoir dépasser les clivages sexuels. Comme l'a dit Novarina : "Pour être acteur, il faut bander comme un taureau avec un sexe de femme."
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 13/05/2005

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