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D.R.


Philippe Tesson
35 ans de critique
On l'écoute sur France Inter, on le regarde sur Paris Première, on le lit dans "Le Figaro", "Valeurs actuelles" et "Métro". Homme de presse, fondateur de journaux, directeur de rédactions, Philippe Tesson connaît et aime le théâtre, il y va tous les soirs depuis trente-cinq ans qu'il exerce la fonction de critique dramatique, d'abord au "Canard Enchaîné", ensuite à "L'Express", aujourd'hui au "Figaro Magazine".Son jugement est suiviet écouté.
Qui êtes-vous, Philippe Tesson ?
Je suis sans doute un homme de théâtre manqué. Si je ne suis pas entré au théâtre c'est pour des raisons personnelles propres aux gens de ma génération, dans le contexte social dans lequel je vivais. Je suis plus profondément intéressé par la littérature, et notamment la littérature théâtrale que par la politique et le journalisme. Le théâtre est pour moi essentiel. Il m'est arrivé de confondre mon métier de journaliste avec ma passion et ma connaissance du théâtre ; le journaliste idéal est à mes yeux celui qui exercerait la fonction qu'exerçait le chœur dans le théâtre antique. Le journaliste doit être un coryphée, il rend compte au public de l'histoire immédiate, l'histoire qui coule au jour le jour. Il est là pour montrer, pour expliquer, pour dire. Mon rapport avec le théâtre n'est pas seulement ludique. Le théâtre n'est pas pour moi un hobby. Je trouve dans le théâtre la forme parfaite de l'expression orale la plus puissante de la vérité ; de la vie.

Vous trouvez donc dans l'exercice de votre métier de journaliste certaines composantes propres au métier de théâtre...
Lorsque je dirigeais des quotidiens, mon plus grand plaisir professionnel était la conférence de rédaction du matin. C'était un travail de metteur en scène. La nuit avait apporté les matériaux nécessaires à la fabrication d'un journal. Un journal, c'est la mise en scène de l'actualité de vingt-quatre heures. On choisit, on dispose, on organise, on fait vivre. L'histoire immédiate est au journalisme ce que le texte est au théâtre.


Qu'est-ce qu'un critique de théâtre ?
C'est un professionnel de l'écriture chargé de rendre compte et de porter un jugement sur un spectacle. La définition varie selon la conception que chacun se fait de son rôle, le support dans lequel il exerce son activité, le public auquel il s'adresse. Je n'écrivais pas les mêmes types de critiques au Canard enchaîné, à L'Express et au Figaro Magazine. Il y a plusieurs espèces de critiques : une critique très experte nourrie de savoir et de références, et il y a une critique plus sensible, moins
technique. C'est plutôt cette dernière que je pratique, j'essaie le plus naturellement possible d'être le spectateur moyen.


Être critique vous permet-il d'avoir vos goûts propres et de les manifester ?
C'est la question de l'engagement du critique et de la prédilection. Beaucoup de critiques sont esthétiquement, culturellement, idéologiquement engagés. C'est dangereux, car cela amène à des indulgences coupables et brouille les pistes pour le lecteur. Le spectateur engagé aime bien que le critique épouse son propre engagement. C'est une menace pour l'objectivité. Pour ma part, je crois être un critique disponible et ouvert. Je me considère comme non engagé, prêt à défendre n'importe quel genre théâtral, pourvu que je reconnaisse au
spectacle des qualités. La méfiance que
j'observe vis-à-vis de la critique savante m'amène à élargir au maximum le champ de ma sensibilité. Intimement, j'ai mes préférences, je les garde le plus souvent pour moi.


Quels aspects d'un spectacle privilégiez-vous ?
Je m'intéresse souvent plus volontiers au texte que j'entends qu'au spectacle que je vois. On me le reproche. Je suis toujours fasciné par les grands textes. En revanche, je suis ouvert aux formes nouvelles de mise en scène, de prise en charge du corps, du mouvement. Voir un de ces textes traité par un metteur en scène d'aujourd'hui, qui en tire une substance personnelle, me bouleverse. Je suis plus rarement ému par un texte contemporain. Le théâtre et le roman contemporains, souvent estimables, sont impuissants à mes yeux à restituer le tragique de la condition humaine d'aujourd'hui.


Un mot sur la nuit des Molière...
Ils sont l'archétype du système marchand qui gouverne notre société. César, oscars, classements font partie de notre vie. Je ne suis pas contre, mais ce n'est pas vraiment dans ma culture. La réforme des Molière porte sur le système de votation qui a été amélioré, et sur un meilleur équilibre entre le théâtre privé et le théâtre public. La crise de l'an passé devait arriver tôt ou tard. Si les Molière permettent au théâtre de vivre durant quelques semaines de manière plus confortable, c'est bien, voilà tout !

Quelques dates:
1960-74 : rédacteur en chef de "Combat".
1974 : fondateur et directeur du "Quotidien de Paris", du "Quotidien du médecin" (1971), du "Quotidien du pharmacien" (1985), et du "Quotidien
du maire" (1988).1975-83 : directeur des "Nouvelles Littéraires".Actuellement : Directeur de la revue "L'Avant-Scène théâtre".Directeur de la librairie "Coup de Théâtre" - Librairie Bonaparte.
Dossier par François Varlin
Paru le 20/06/2005

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