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D.R.


Samuel Le Bihan
Au cinéma, il a fréquenté la "Jet Set", le salon de "Vénus beauté", passé un "Pacte [avec les] loups". Au théâtre,
il a musardé de la rue à la Comédie-Française, puis au Privé. Samuel Le Bihan se promène avec beaucoup d'aisance dans un parcours artistique très varié. Aujourd'hui, il reprend le rôle principal de "Brooklyn Boy" et produit le spectacle de François-Xavier Demaison.
Le rendez-vous a lieu à la Comédie des Champs-Élysées. Je monte à sa loge. Elle est sobre avec peu de choses personnelles, juste les mots d'encouragement de rigueur. Les habilleuses préparent la représentation du soir. Tout est encore calme. L'attachée de presse vient me chercher, finalement l'interview se fera au foyer. Je reprends le dédale qui caractérise chaque théâtre. Samuel Le Bihan est au téléphone. Avec un très beau sourire, il me fait comprendre qu'il a bientôt terminé. Nous prenons place autour d'une table. C'est au producteur que je m'adresse en premier. Je lui donne le Pariscope qui doit sortir le lendemain en kiosques et dans lequel il y a un article sur le spectacle de François-Xavier Demaison, qu'il produit au Petit Mathurins. "C'est gentil ! Je le lirai au calme tout à l'heure." Nous parlons du spectacle et de son rôle de producteur.


Offrir la parole aux autres

L'origine est un véritable coup de cœur artistique. Il ne connaissait pas François-Xavier Demaison. Il a été touché par cette histoire d'un jeune cadre dynamique qui quitte un monde qui ne lui convenait plus pour réaliser son véritable rêve, faire du théâtre. Dans un style caubérien, Demaison fait défiler toute une galerie de personnages assez hauts en couleur. Samuel Le Bihan a pris le parti d'être plus qu'un "parrain". "Même si j'y ai mis de l'argent, mon rôle est surtout artistique. Je me place comme un grand frère." Il a participé à la réécriture avec Michael Quiroga et Éric Théobald. Depuis le Rond-Point, le spectacle a considérablement évolué, gagnant en efficacité et en émotion. "On a choisi une petite salle pour laisser au spectacle le temps de mûrir, aux spectateurs d'arriver." Sa plus belle récompense est d'entendre le public rire. "C'est gratifiant, jouissif." Être producteur implique de savoir s'entourer de "gens fiables et compétents, de réunir des talents différents, faire en sorte que des personnes puissent s'exprimer et raconter des histoires". Le cinéma étant une véritable passion, il est naturellement plus attiré par cette voie, mais il a envie de produire aussi le premier spectacle de Michael Quiroga. Rien de tel pour rebondir et lui demander si la mise en scène ne le tente pas. "Au théâtre non, pour Demaison, Éric Théobald l'a très bien fait." En revanche, il pense passer à la réalisation d'un court-métrage. "Il n'y a pas d'urgence, j'aime que les choses soient bien faites."


De la rue au Français

Samuel Le Bihan a la maturité des hommes qui ont beaucoup voyagé et observé. Il précise qu'il vient d'un milieu modeste. Il fait ses premières classes dans la rue, se lançant dans le mime burlesque sans avoir de formation. Il a bien suivi des cours de théâtre, "mais j'y crevais d'ennui". Il avait envie de jouer "car un acteur n'existe que lorsqu'il joue". Dans la rue, "il faut d'abord faire la place, attirer les gens et les garder". Il commençait par les suivre, imitant leur démarche, chopant une attitude. Une fois la place investie, il racontait son histoire, celle d'un homme de sa naissance à sa mort. "Il faut suggérer les situations, faire appel à l'imaginaire du spectateur." L'évocation de ce passé pas si lointain éclaire son visage. "J'étais un vagabond." Il s'est promené de la Côte basque à la Méditerranée, puis dans les grandes villes d'Europe, pour finir sur le
parvis de Beaubourg. "La rue m'a appris à être gonflé." Comment bascule-t-on de la rue à la Comédie-Française ? Cela semble, deux mondes si différents. "C'est le même métier !" Il entre à la rue Blanche, puis au Conservatoire. "J'y ai fait de belles rencontres !" Catherine Hiegel est la plus marquante. "J'étais un élève atypique. J'ai demandé un congé d'un an pour voyager. L'humain doit s'enrichir." Son périple l'emmène à New York, où il suit les cours de l'Actors Studio. Il joue même dans "le off du off de Broadway". Puis la Comédie-Française l'engage. "Le Français est une troupe qui permet des choses." Nous évoquons la mise en scène très rock'n roll de Muriel Mayette du Clitandre de Corneille, qui avait soulevé pas mal de cris d'indignation et qui était pourtant un véritable souffle de jeunesse. "C'est le rôle du Français de justifier pourquoi on joue encore des textes classiques, car ils ont une résonance toujours moderne dans ce qu'ils racontent." Samuel Le Bihan garde de ses quatre années un excellent souvenir, évoque les alternances, les reprises de rôles aux pieds levés, d'avoir avec Anne Kessler fait entrer Gainsbourg au répertoire. "Rien que ça, c'est du bonheur." Il n'a aucune amertume car il savait qu'il n'y ferait pas sa carrière. "N'ayant pas d'ambition là-dessus, je n'ai pas souffert en partant." Il n'oublie pas que c'est là que le cinéma est venu le chercher. Tavernier y fait régulièrement son marché. "Tavernier va beaucoup au théâtre, il aime les comédiens, les connaît. C'est un grand Monsieur."


"Brooklyn Boy"

Je pose la question bateau sur la différence théâtre-cinéma. "Au cinéma, la caméra vient vous chercher. Au théâtre, on va vers le public. Il n'y a pas de différence profonde." Aujourd'hui, grâce à Brooklyn Boy, il découvre que le "théâtre lui apporte un certain lyrisme et qu'il a envie d'aller plus loin". Je demande une définition de ce mot. Il refuse d'abord, désirant laisser à ce mot sa totale liberté. Il avoue qu'avant, il avait un jeu plus moderne et qu'aujourd'hui, il distingue d'autres aspects du jeu, plus poétiques. "J'ai envie d'exploiter ce sentiment." Reprendre un rôle après un autre ne lui semble pas une chose incongrue. "C'est un acte naturel. Je me considère comme un musicien qui doit interpréter une partition." Il a eu trois semaines de répétition pour intégrer un spectacle qui se joue depuis septembre. "J'ai apporté ma vision." En allant revoir le lendemain la pièce, je comprends une chose : lorsqu'un comédien prend possession d'un rôle dans un spectacle où tout est déjà bien défini, le personnage a le dessus. Samuel Le Bihan a intégré avec beaucoup de finesse cet écrivain à la recherche de reconnaissance - celle du père, essentiellement. La pièce de Donald Margulies, mise en scène par Michel Fagadau, souligne avec une belle dose d'humour la difficulté d'échanger et de communiquer avec ceux que l'on aime. Maurice Chevit, qui joue le père, en vient à passer par le foyer. Il taquine alors gentiment Le Bihan. "Attention à ce que tu dis." Nous sommes d'accord sur l'étonnante vivacité et le talent de ce comédien. Les premiers spectateurs arrivent. Je sens Samuel Le Bihan s'éloigner et Éric Weiss se rapprocher. Il est temps d'arrêter l'entretien. "Déjà ? Il me semble que j'avais encore des choses à dire sur le théâtre." Ce sera pour un prochain rendez-vous.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 15/05/2005

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